A l’ère du numérique voici comment nos informations personnelles peuvent se retrouver dans de (très) sales mains

Un client du policier mis en examen pour avoir vendu des informations confidentielles sur le darknet témoigne après nous avoir contactés.

Et s’il suffisait d’aller sur le darknet pour avoir n’importe quelle information sur n’importe quel individu ? C’est le service que proposait Haurus dont le pseudo cache en réalité un agent de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Celui-ci a été mis en examen et écroué pour avoir vendu des informations confidentielles, à des membres du crime organisé.

Sous couvert d’anonymat, un de ces « clients » raconte comme il a pu faire affaire avec le policier mis en cause. Nous avons pu recouper son témoignage.

Comment êtes-vous entré en contact avec ce policier ?

Je cherchais la date de naissance d’un individu dans le cadre d’un « doxxing » classique (NDLR : divulgation d’informations privées sur le Web pour nuire). Je voulais aussi des infos sur ma fiche de recherche en France et sur la conduite à tenir en cas d’interpellation. Je suis tombé sur son annonce. C’était exceptionnel !

Quels services proposait-il ?

Des prestations ultra-ciblées, et très prisées. Surtout par les créanciers occultes, les réseaux de passeurs, les trafiquants de voitures volées, les voyous en cavale ayant besoin d’une doublette (NDLR : seconde identité) en cas de contrôle.

Pour 30 euros, on lui donnait un numéro de téléphone, il sortait le relevé bancaire du titulaire. Pour 50 euros, il donnait son identité. Pour 150 euros, on récupérait l’état civil complet, numéro de permis, date de délivrance, numéro de carte d’identité, de Sécurité sociale, les véhicules immatriculés… Autant d’informations permettant de passer n’importe quel contrôle de police poussé. On pouvait même vérifier les vols d’avion réservés au nom d’une personne.

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Pour 300 euros, on pouvait voler une vie complète. Il était aussi possible de « checker » des documents internes de la PJ et d’interroger la base de données Interpol. Mais le plus intéressant c’était le pack à 300 euros. Via un simple numéro de téléphone, il pouvait récupérer les fadettes (NDLR : listing d’appels), la géolocalisation, y compris des mois en arrière. C’est ce qui m’avait le plus bluffé. Il y avait un surcoût pour les politiques ou personnes publiques : je pense que ces personnes ont un statut spécial.

Comment a-t-il été repéré, selon vous ?

C’était du suicide de vendre ce genre d’infos. N’importe qui aurait pu le griller bien qu’il ait utilisé le maximum de sécurité. Toutes nos discussions étaient sécurisées. Je pense qu’il en avait marre de son « taf » de fonctionnaire payé au lance-pierre et qu’il a basculé. Haurus était un gars très sérieux et – ceux qui ont traité avec lui vous le diront – apprécié pour sa fiabilité. Il ne voulait pas que les informations vendues puissent servir à des terroristes.

Source Le Parisien

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