Tchad : Benalla menace de tout balancer sur Macron

L’ex-collaborateur de Macron répond à L’Express et s’en prend à l’Elysée, après que sa visite au Tchad a été mise en cause.

Ah, il est énervé, Alexandre Benalla. Ce mercredi 26 décembre, il tempête à propos du communiqué de l’Elysée, publié après un article du Monde racontant le voyage que l’ancien chef de cabinet adjoint du président de la République avait effectué au Tchad, deux semaines avant le déplacement du chef de l’Etat venu réveillonner avec les troupes françaises pour Noël.

Un télescopage de visites qui a intrigué la presse et suscité une réaction de l’Elysée que l’intéressé trouve déplacée. « Quelles que soient les démarches qu’entreprend M. Benalla, il n’est pas un émissaire officiel ou officieux de la présidence de la République.

S’il se présentait comme tel, il est dans le faux », avait déclaré mardi la présidence à l’AFP, qui a précisé ce mercredi qu’Alexandre Benalla avait prévenu la présidence de son voyage quelques jours avant que le chef de l’Etat se rende sur place. Cela fait rire Alexandre Benalla. « Je les ai informés, et ils en font un problème! »

En tout cas, l’intéressé entend ne pas se laisser faire, assure-t-il à L’Express. « Je ne cale pas mon agenda sur celui d’Emmanuel Macron », réagit-il. « Je ne savais pas qu’il y allait, ce n’était pas inscrit à son agenda. »

Les propos de l’Elysée, qu’il estime « diffamatoires », « calomnieux » et « irresponsables », il les attribue à « certaines personnes » de la présidence, qu’il refuse de nommer. « Ils se prononcent sur la base de rumeurs.

Est-ce qu’on gouverne avec des rumeurs ? Ils vont désormais faire un communiqué à chaque fois qu’il y a une rumeur me concernant ? », fait-il mine d’interroger. « Faut qu’on me lâche!. Je ne suis pas l’ennemi public numéro Un. »

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« Accords de confidentialité »

Au téléphone, il revient sur le voyage effectué au Tchad. « Je suis allé à N’Djamena avec une délégation de chefs d’entreprises étrangers, des grands patrons du Moyen-Orient. Ils sont susceptibles de créer 3000 emplois au Tchad, de construire des usines », dit-il en refusant toutefois de donner l’identité de ces personnes qui avaient voyagé en avion privé et ont réglé toutes les dépenses de l’expédition, notamment les nuits passées au Hilton local.

« Il s’agit de sociétés privées pour lesquelles je suis consultant, j’ai signé des accords de confidentialité. Si je commence à dire avec qui j’ai des projets, je ne pourrai pas travailler longtemps. »

« Ces gens-là, je les ai connus en 2012, bien avant de travailler à l’Elysée », précise-t-il encore, afin de démentir l’hypothèse selon laquelle l’ancien collaborateur du président monnaierait un carnet d’adresses constitué alors qu’il travaillait à la présidence de la République.

Mis en examen pour « violences volontaires », poursuivi pour avoir outrepassé ses fonctions en marge des manifestations du 1er mai à Paris, l’ancien collaborateur de l’Elysée, licencié après la révélation de l’affaire par Le Monde, reconnaît que son « personnage » n’est pas « tout à fait conforme » à ceux que l’on croise habituellement dans les allées du pouvoir.

« C’est avec mon culot que je me suis créé mes contacts; j’ai appris à passer par la fenêtre, voire par le vélux, quand on me fermait la porte au nez. On ne peut pas me reprocher d’avoir usé de facilités » prodiguées par sa présence à l’Elysée.

Deux heures avec le président du Tchad

« Il a rencontré le président du Tchad Idriss Déby pendant deux heures, qui a découvert sa présence quand il est entré dans son bureau. Il était visiblement content de le voir », explique à L’Express l’entourage d’Alexandre Benalla.

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Contrairement à ce qu’avait écrit La Lettre du Continent le 12 décembre dernier, qui avait révélé le fameux voyage, il assure n’avoir pas rencontré à cette occasion le frère du président tchadien, en charge de l’approvisionnement en équipements militaires. Benalla marchand d’armes, ce n’est pas encore pour aujourd’hui.

L’Elysée, selon son ancien collaborateur, veut lui interdire « d’aller là-bas ». « Mais qu’est-ce qu’on me reproche ? La finalité, c’est de m’empêcher de voyager », assure-t-il. « Ils ont été effrayés après que j’ai rencontré Alexandre Djouhri », ajoute-t-il en évoquant l’homme d’affaires dont la justice française réclame à Londres l’extradition – l’intéressé est mis en cause dans l’affaire du présumé financement libyen de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007.

Alors que Macron et Sarkozy se sont récemment affichés côte à côte, le premier demandant au second de le représenter lors de l’investiture de la présidente géorgienne, l’hypothèse selon laquelle leurs proches, anciens ou actuels, Alexandre Benalla et Alexandre Djouhri, auraient des relations d’affaires, a fait peur à l’Elysée. « Mais je ne fais pas de business avec Djouhri », insiste Alexandre Benalla.

En tout cas, ce dernier se dit persuadé qu’on veut l’empêcher de faire des affaires, et plus largement de se reconvertir professionnellement. Son avocate Jacqueline Laffont et lui décideront aujourd’hui s’ils déposent plainte contre le communiqué de l’Elysée, dont les sous-entendus sur le rôle éventuel qu’il aurait joué au Tchad vis-à-vis des autorités françaises seraient d’après eux diffamatoires. « Je ne me laisserai pas abattre », prévient Alexandre Benalla.

Source l’Express vu sur Wikistrike

Crédit photo : AFP/Bertrand GUAY

 

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