Hongrie : Orbán accuse (encore) Soros de mener l’agitation

Après les manifestations contre la loi travail, le Premier ministre s’explique. Selon lui, George Soros crée l’agitation en Hongrie, en Italie et en Autriche…

Se peut-il que Viktor Orbán tremble sur ses bases ? Au moment où Emmanuel Macron subissait le mouvement des Gilets jaunes, l’homme fort de Budapest était en butte à des manifestations hostiles dans sa capitale, mi-décembre. Les quelques milliers de manifestants hongrois, rassemblant étudiants et opposants politiques, ne portaient pas de gilets jaunes mais s’organisaient pareillement sur les réseaux sociaux pour aller au choc avec les forces de police.

Certains ont même envahi le siège de la télévision publique MTVA, laquelle ne pipait mot des manifestations… Bref, quelques nuits chaudes ont décidé le Premier ministre hongrois à sortir de son silence pour se justifier sur la radio nationale, Kassuth Radio.

Une fois de plus, Orbán a accusé le milliardaire George Soros d’être le commanditaire caché du mouvement. Et pas seulement en Hongrie. «  Les gouvernements de droite anti-immigration sont maintenant critiqués partout. C’est aussi le cas à Vienne, où j’étais récemment. Là-bas, un manifestant est même monté sur le toit d’un ministère et a déclenché un incendie. […]

La même chose s’est produite en Italie, où une grande manifestation a eu lieu contre le gouvernement anti-immigration de Salvini – ou plutôt le paquet législatif du ministre de l’Intérieur, Salvini. Je vois donc que les réseaux internationaux sont également actifs en arrière-plan. Il est évident que certains des manifestants – les plus agressifs et les plus actifs – sont à la solde de George Soros et travaillent dans le cadre d’un réseau international en référence à ce qui se passe en Hongrie, à Vienne et en Italie. »

La Hongrie manque de bras

Une théorie du complot qu’il avait déjà abondamment servie lors de la campagne des législatives du printemps dernier au terme de laquelle le parti de Viktor Orbán avait triomphé, emportant 44,87 % des suffrages, plus de 24 points devant son concurrent immédiat, le parti d’extrême droite Jobbik. Un score qui, pensait-il, le mettrait à l’abri de troubles sociaux, d’autant plus que la situation économique de la Hongrie est bien orientée avec une croissance du PIB de plus de 4 % en 2018.

Mais en rejetant l’immigration, Viktor Orbán se trouve cependant devant un problème : il n’y a plus assez de main-d’œuvre en Hongrie… Le pays tourne à plein régime, au plein emploi avec un chômage à 3,7 % (en juillet 2018). Les salaires augmentent régulièrement depuis quelques années et les employeurs manquent de bras. Cela ne va pas s’arranger, car la Hongrie, comme de nombreux pays en Europe, vieillit et perd peu à peu sa population.

Après avoir atteint 10,7 millions d’individus au début des années 1980, la Hongrie décline à 9,8 millions d’habitants – données actuelles –, cumulant un déficit de naissances et un surpoids des populations âgées. Les perspectives sont sombres : la Hongrie, si elle continue à ce rythme, va tomber à 8,3 millions d’habitants en 2050 et 6,5 millions en 2100.

La crainte d’une atteinte à l’indépendance de la justice

Faute d’une main-d’œuvre suffisante, Viktor Orbán pousse une loi sur le travail qui autorise les employeurs à demander jusqu’à 400 heures supplémentaires par an, payables seulement trois ans plus tard. Bien sûr, les travailleurs peuvent toujours refuser. Une « loi d’esclavage », proteste l’opposition. « Nous voyons maintenant des personnes qui souhaitent travailler davantage, explique Orbán. Mais nos lois sur le travail héritées du passé leur imposent des restrictions ridicules et ils tentent donc de déjouer le système. » En somme, selon lui, les Hongrois veulent « travailler plus pour gagner plus » (sic).

Lire aussi:  Pro-migrants: Une autre "organisation Soros" tente de s'immiscer dans les médias hongrois

Les syndicats et le patronat hongrois peinent également à se mettre d’accord sur l’augmentation du salaire minimum. Les syndicats réclament une hausse de plus de 10 %, le patronat souhaite la limiter à 5 ou 7  %. Faute d’accord, il revient au gouvernement de trancher. Mais le Premier ministre hongrois refuse de le faire. « Je ne veux pas exercer ce droit », dit-il, considérant que les employeurs et les salariés sont mieux placés que lui pour fixer ce taux, car ils sont « les vrais acteurs de l’économie hongroise.  »

D’autres mesures impopulaires ont alimenté la crispation sociale, telles la suppression des chèques déjeuners (subventionnés par l’État) et la loi créant de nouveaux tribunaux administratifs (placés sous la coupe du ministère de la Justice) compétents sur des sujets aussi inflammables que le contentieux électoral, les appels d’offres publics ou le droit de manifester…

Le détournement des aides européennes au profit des proches d’Orbán fait partie des sujets qui embrasent les relations entre la Hongrie et l’Union européenne. La Hongrie est précisément sous le coup d’une procédure de sanction déclenchée au Parlement européen pour diverses entorses à l’état de droit et aux libertés publiques. Manifestement, Viktor Orbán s’en contrefiche et joue la provocation.

Manfred Weber en position délicate

L’affaire va peser dans le contexte des élections européennes. Manfred Weber, le spitzenkandidat du PPE, le parti démocrate chrétien auquel adhère Orbán, va se trouver dans la situation délicate de justifier durant la campagne la conduite de son « allié hongrois ». Weber avait exigé de son partenaire de Budapest qu’il débloque la situation de l’Université libre d’Europe centrale fondée par George Soros. Le leader hongrois n’en a rien fait et, après vingt mois de contentieux, l’Université fondée par Soros a finalement déménagé l’essentiel de ses activités à Vienne.

Lire aussi:  Zemmour : « Les Hongrois et les Polonais sauvegardent leur art de vivre. Ils ne veulent pas de nos sociétés multiculturelles et ils ont bien raison »

Dans son entretien sur la radio nationale, Kassuth Radio, Viktor Orbán ne revient pas sur cet incident. En revanche, il indique que la Hongrie prend sa part des misères du monde en offrant une bourse d’études à 900 étudiants africains. « Plutôt que de donner ces neuf cents bourses à des jeunes Hongrois, nous les donnons à des étudiants d’Afrique dans l’espoir qu’après leur formation, ils rentreront chez eux et pourront servir leur propre pays, qu’ils sauront diriger leurs économies de sorte que les enfants nés d’une mère africaine puissent rester dans leur pays d’origine.  »

Source Le Point.fr

 

Laisser un commentaire

shares
WP Twitter Auto Publish Powered By : XYZScripts.com