Le pôle Nord magnétique se déplace étrangement, sans qu’on sache vraiment pourquoi

Le pôle Nord magnétique se déplace vers la Sibérie plus rapidement que prévu, obligeant les scientifiques à renouveler précocement le modèle permettant de recalibrer les instruments de navigation. Pour en savoir plus, LCI a interrogé Arnaud Chulliat, spécialiste du géomagnétisme.

Notre bonne vieille planète serait-elle en train de perdre le Nord ? Le Modèle magnétique mondial (World Magnetic Model), qui permet aux systèmes de navigation de pointer réellement vers le Nord géographique, a été actualisé il y a quelques jours en urgence pour prendre en compte la dérive du pôle Nord magnétique.

Pour faire simple, le lieu vers lequel pointent les boussoles se déplace depuis le Canada vers la Sibérie. Ce qui implique de régulièrement mettre à jour le modèle, explique à LCI Arnaud Chulliat, géophysicien à l’Université du Colorado et responsable scientifique du Modèle magnétique mondial.

Depuis quinze ans, le Français et son équipe traquent la course folle et imprévisible du Nord magnétique. Autrefois, les chercheurs se rendaient sur la banquise pour réaliser des mesures et localiser l’endroit où l’aiguille d’une boussole pointerait exactement à la verticale, raconte le scientifique, qui a participé à une expédition en 2007. Dorénavant, nous utilisons les observations satellitaires provenant des trois satellites Swarm, lancés par l’Agence spatiale européenne en 2013.

Le mouvement du Nord magnétique est connu depuis 1831 et il n’a jamais été parfaitement régulier. « Ce phénomène est généré principalement par le mouvement du fer liquide qui compose la majorité du noyau terrestre, à 3.000 km sous la surface. C’est ce qui fait dériver les pôles magnétiques », souligne Arnaud Chulliat. Mais depuis les années 1990, le mouvement s’est tout de même accéléré dans des proportions inédites, passant d’environ 15 km/an à 55 km/an aujourd’hui.

Initialement situé dans le Grand Nord canadien, le pôle magnétique a gagné l’océan Arctique en 2001 avant de rejoindre la Sibérie en 2018. Habituellement, le Modèle magnétique mondial est mis à jour tous les cinq ans. Mais depuis 2015, il a tellement poussé vers l’Orient que les géologues ont donc dû  mettre à jour leur modèle presque un an avant la date initialement prévue, les erreurs risquant de dépasser les tolérances admises.

Le Nord magnétique a d’ores et déjà parcouru autant de distance depuis l’an 2000 que pendant l’intégralité du XXe siècle. « On ne sait pas exactement pourquoi. Il est probable que l’accélération du déplacement du pôle Nord magnétique soit liée à un mouvement de fer liquide sous le Canada », estime Arnaud Chulliat. D’après lui, il s’agit d’un phénomène naturel qui n’est en aucun cas lié au réchauffement climatique ou à l’influence des activités humaines, contrairement à ce que certains pourraient penser.

Quelle que soit l’explication scientifique, il y a de toute façon peu à craindre pour les moyens de transport modernes qui naviguent pour la plupart aujourd’hui grâce à un guidage satellitaire (GPS américain, Galileo européen, Glonass russe ou Beidou chinois). Le Modèle magnétique mondial sert principalement pour la navigation aérienne et maritime des armées, en particulier les membres de l’Otan.

De plus, la correction qui vient d’être effectuée avec un an d’avance n’est que d’une fraction de degré. « En dehors des zones arctiques, ce décalage n’a pas beaucoup d’importance, assure Arnaud Chulliat. Si on comparait la direction indiquée par l’aiguille d’une boussole depuis la France entre aujourd’hui et il y a deux siècles, il y aurait une différence de dix à quinze degrés. » Un écart notable, mais insuffisant pour nous faire tourner en rond.

Source : LCI

 

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