Suisse. Corruption : Le refus de l’initiative Rutz. Un cas choquant de corruption institutionnelle

Pour qu’il y ait corruption institutionnelle il faut deux choses, de la corruption et la mise en cause du fonctionnement d’une institution. Bien que la notion de corruption recouvre des activités multiformes elle implique ici des personnes qui ont reçu un pouvoir public (c’est le cas des politiciens et de nos parlementaires) et qui en abusent pour procurer des avantages à des tiers.

Imaginez la situation. En 2015 un de nos parlementaires, le député Gregor Rutz (UDC ZH), s’aperçoit que des associations et des officines de pression politique reçoivent des subventions auxquelles elles n’ont légitimement pas droit. C’est le cas en l’espèce. Qu’une officine pro-UE comme le Foraus [1] reçoive une subvention de 59’000.- par année à titre d’aide à l’encouragement des activités extrascolaires des enfants et des jeunes, dépasse tout entendement.

(Lorsqu’on m’a parlé de ça, j’ai dû me le faire me répéter deux fois, pour être sûr d’avoir bien compris).

Ni une ni deux, le député dépose alors une initiative parlementaire demandant que l’on modifie la loi pour que ces groupes politiques ne puissent plus être subventionnés, ne trouvant pas normal qu’outre le Foraus, les Jeunes démocrates-chrétiens reçoivent 52’000.- par an, même somme pour les PLR, 23’000.- pour les Jeunes verts et plus de 88’000 francs pour les Jeunes socialistes. S’y ajoutent des versements plus ou moins identiques aux six principaux syndicats du pays pour un montant qui atteint annuellement les 4 millions de francs [2].

Ce député zurichois demande donc de modifier la Loi sur l’encouragement de l’enfance et de la jeunesse qui permet effectivement de consacrer certaines sommes au « développement des compétences en matière de politique de l’enfance et de la jeunesse». Parce que  financer des think tanks politiques orientés comme le Foraus, de même que ces partis et syndicats  que l’on connaît, n’a quand même rien à voir avec le développement des compétences politiques des jeunes. À ce que l’on sache, aucune de ces organisations n’a pour mission d’accompagner les jeunes et les enfants dans leur développement.

En février 2018, l’initiative Rutz (demandant la suppression des subventions) est acceptée au Conseil national par 92 voix contre 88, avec du côté des opposants le PS, le PDC et les Verts, les PLR ayant soutenu l’UDC, mais dans un pur soutien de façade parfaitement hypocrite qui ne les engageai, t à rien, puisqu’ils savaient que l’initiative n’obtiendrait jamais l’accord au Conseil des Etats, sa commission ayant une année auparavant décidé de ne pas entrer en matière.

Sans surprise, l’initiative Rutz vient donc d’être rejetée par ce Conseil qui a refusé d’entrer en matière par 34 voix contre 5 et vient donc d’enterrer définitivement cette réforme. Tous les partis à la chambre haute ont refusé de supprimer les subventions, y compris tous  les PLR…  seuls les 5 UDC ayant voté pour.

L’OFAS pourra donc continuer d’offrir 59’000.- de subventions par année à cette officine pro-UE qu’est le Foraus pour qu’il forme l’esprit politique de la jeunesse…  Et lui expliquer sans doute qu’en Suisse on peut violer la Constitution et commettre des coups d’Etat en toute impunité ou lui expliquer comme les professeurs du PS que dans notre pays le « peuple n’existe pas » [3]. Tous ceux qui ont refusé la réforme de cette loi spoliatrice qui permet de financer ces groupes de manipulations sont exactement les mêmes que ceux et celles qui ont confisqué les voix du peuple en décembre 2016.

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Pitoyable visage que donne à voir ce parlement. En Suisse on peut donc manipuler les jeunes citoyens, abuser de leurs consciences, et en plus être subventionné pour ça…

Cette initiative enterrée est un cas flagrant  de corruption institutionnelle. Les partis politiques pro-UE qui s’entendent peuvent ainsi détourner des fonds publics pour financer le matraquage des consciences. Ils peuvent le faire en toute légalité. Les actes de ces gens ne sont désormais plus limités par aucune conscience, ni honnêteté, ni bonne foi.

Quelles leçons tirer de cette énième forfaiture ?

La première est que lesdits partis politiques n’ont aucune peine à s’asseoir sur l’éthique lorsqu’il s’agit de financer leurs organisations parallèles. Faire financer par l’Etat des jeunes campus de la « démocratie » (!) organisés par des organisations militantes pro-UE ne relève pas pour eux d’un problème. À l’heure où la corruption est au centre de toutes les attentions (cf. l’affaire Maudet) on appréciera la décision du Conseil des Etats, dont les députés octroient des avantages à leurs propres partis et militants. Ce que pense le peuple ils s’asseyent dessus.

La seconde leçon est toute aussi cruciale. Si le projet Rutz, moralement justifié, a pu être définitivement enterré, c’est parce que les partis pro-UE ont la majorité au Conseil des Etats et ont pu l’utiliser comme un droit de veto. Et ça ce n’est pas normal.

Dans un pays où environ deux-tiers des citoyens sont opposés à l’entrée de la Suisse dans l’UE, il n’est pas normal que le jeu de la majorité dans les chambres, favorisant les partis pro-UE, leur permette d’y agir avec la capacité de tout orienter selon leur agenda. Il y a là une discrépance majeure entre le peuple et ses représentants, entre la volonté du peuple et ce que font ses représentants. Cette anomalie doit changer.

Le citoyen doit désormais prendre conscience que s’il ne procède à aucun changement, s’il vote sans se fixer pour objectif de rétablir une majorité de politiciens souverainistes dans les deux chambres du parlement, alors sa souveraineté il pourra lui dire adieu. Il pourra dire adieu à ses droits politiques et à ceux de ses enfants, parce qu’après la prochaine législature ce sera fini, la démocratie directe supprimée définitivement sans aucun espoir de retour en arrière.

Il est de la responsabilité du citoyen de se battre et de changer maintenant ce parlement. Parce que ça personne d’autre ne le fera à sa place.

Vous vous demandiez comment il était possible que nous entrions dans l’UE pas à pas alors qu’une grande majorité du peuple est contre. Vous en avez ici des éléments de réponse. La corruption institutionnelle en fait partie.

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Michel Piccand, 2.10.2018

Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark. 

(Hamlet, I, 4, Shakespeare)

[1] Le Foraus se présente comme « (le) think tank suisse de politique étrangère » et bien qu’il se prétende objectif et indépendant ses positions pro-UE ne sont plus un secret pour personne, la défense de la libre-circulation des personnes en Suisse est un de ses chevaux de bataille. La présence de plusieurs organismes de l’UE dans la liste de ses donateurs et soutiens institutionnels (ex. Fondation Jean Monnet pour l’Europe – Centre de recherches européennes) ne laisse aucun doute sur ses objectifs.

https://www.foraus.ch/fr/

Pour résoudre le conflit soi-disant insoluble du vote du 9 février les experts du Foraus n’avaient rien trouvé de mieux que de proposer une réécriture soi-disant consensuelle de l’article 121a que nous avons voté, mais en le vidant de toute portée et de tout substance…

« Les auteurs de cette proposition (Ndla le laboratoire d’idées Foraus) ont en fait réécrit l’article 121a de la Constitution en retirant les concepts les plus hostiles à la libre circulation des personnes, ceux qui braquent le plus les Européens, à savoir les notions de plafonds, de contingents et de préférence nationale. Ils ont aussi biffé les dispositions transitoires (art.197, al. 11 de la Constitution). » [Une nouvelle idée pour résoudre le casse-tête du 9 février. Le Temps. 25 avril 2016.]

On se demande donc à quoi pouvait bien servir l’article 121a réécrit, sans les plafonds, sans les contingents et la préférence nationale. On est ici en présence d’une pure (et grotesque) manipulation. Cela se passe de tout commentaire…

Ces gens reçoivent 59’000.- francs de subventions par année pour informer la jeunesse…

[2] INITIATIVE RUTZ

https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20150483

[3] « SUISSE, ANNÉES 2015… UN PEUPLE QUI DISPARAÎT », Michel Piccand, 2015. Chapitre I, LE PEUPLE N’EST PAS LE CHEF (p.11).

Extrait :

« Dans une intervention au Parlement fédéral durant la session de printemps 2014 une députée socialiste, professeure de droit public, déclarait « qu’en démocratie, le peuple est un organe de l’Etat, ce n’est pas le chef. »   …

La phrase de cette députée professeure n’était en fait qu’un écho parmi d’autres. Telle cette affirmation faite peu auparavant à la radio par un autre député socialiste au Parlement qui expliquait que « Le peuple n’existe pas, le peuple ne peut pas parler, la volonté du peuple c’est quelque chose comme la volonté divine, on ne sait pas, … »

L’idée d’un peuple qui n’existe pas, ou n’est pas le chef, était donc lancée comme un mot d’ordre et pas uniquement socialiste, on le retrouvait dans la bouche de l’autorité présidentielle du Canton de Genève, un pur produit du parti radical, qui lors de son discours pour la célébration du Bicentenaire de l’entrée de Genève dans la Confédération tenait le propos suivant : « Notre système politique … n’est pas celui de la « démocratie directe » : c’est celui du « pouvoir partagé. » »

Disponible ici :

https://www.amazon.fr/Suisse-Ann%C3%A9es-2015-Peuple-Dispara%C3%AEt-ebook/dp/B00Y74ULQI

Source LesObservateurs.ch

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