Environnement : Un document révèle comment les multinationales entravent toute action climatique ambitieuse

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Derrière leurs beaux discours publics sur le climat, les multinationales continuent à s’opposer à tout objectif ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Nouvelle illustration avec un document interne de BusinessEurope, le plus important lobby patronal européen regroupant tout le gratin des multinationales du vieux continent, mais aussi des États-Unis.

Ce document interne révélé par Greenpeace montre comment BusinessEurope, actuellement présidé par Pierre Gattaz, ancien patron du Medef, entend faire capoter le projet d’introduire des objectifs climatiques plus ambitieux au niveau de l’Union européenne à l’horizon 2030.

Le lobby y explique notamment – en des termes candides – comment il va « rester plutôt positif tant qu’on en reste au niveau des déclarations politiques, sans implications législatives » et « s’opposer à toute ambition accrue, en utilisant l’argument habituel de la distorsion de compétitivité face à nos concurrents ». Autres tactiques prévues : entraver le processus par des arguments procéduraux, suggérer que mettre en place des objectifs supplémentaires « n’est pas le principal problème », en arguant qu’il vaut mieux encourager la Chine et les autres à réduire leurs propres émissions.

Derrière le vernis vert de la communication d’entreprise, les grandes firmes continuent donc à refuser, via les lobbys patronaux et les associations professionnelles, toute forme de régulation contraignante dans le domaine climatique. D’un côté, quand il s’agit de défendre leur réputation et leur image, les multinationales françaises et européennes mettent en avant leurs engagements climatiques ; de l’autre, à travers des lobbys impersonnels, moins compromettants, elles tiennent un discours parfois à l’exact opposé.

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Le quotidien britannique The Guardian a contacté plusieurs multinationales membres de BusinessEurope, y compris les françaises EDF et Engie, ou encore Google, Facebook et Microsoft pour solliciter leur réaction sur une proposition si éloignée de leurs discours publics. Aucune de ces entreprises n’a souhaité prendre ses distances avec BusinessEurope. Ces révélations interviennent au moment où l’ONG InfluenceMap publie une nouvelle étude sur le positionnement des grandes multinationales sur les questions de climat, en tenant compte de leur lobbying indirect.

Le double discours des grandes entreprises européennes sur le climat

D’un côté, la plupart des grandes entreprises européennes, quel que soit le secteur concerné, multiplient les grandes déclarations et les engagements sur le climat. De l’autre côté, via leurs associations professionnelles, elles continuent indirectement à faire pression pour atténuer les objectifs climatiques de l’Union européenne et éviter des régulations trop contraignantes – sans risque pour leur image de marque. Une étude de l’université de Westminster met en lumière la schizophrénie – certains diraient l’hypocrisie – des grandes entreprises européennes.

Elles disent être engagées pour la lutte contre le changement climatique, et le répètent à longueur de publicité et de rapports annuels. Mais dans le même temps, de nombreuses entreprises européennes unissent leurs forces au sein de structures de lobbying dont les visées sur le changement climatique s’avèrent opposées.

Le Policy Studies Institute, de l’université de Westminster, s’est penché sur ce paradoxe, au travers d’un rapport publié le 30 mars. Il ressort que 77 % des 500 plus grosses sociétés dans le monde sont membres de lobbys intéressés par le changement climatique.

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Au sein de ces groupes d’intérêt, les industries gourmandes en énergie, les lobbys des énergies fossiles ainsi que Business Europe, le Medef européen, tentent d’affaiblir le marché européen du carbone, mais aussi les mesures d’efficacité énergétique ou le soutien aux énergies renouvelables. Ainsi, Business Europe [le Medef européen] a tenté de s’opposer aux projets de ranimation du marché du carbone ou backloading, comme le montre ce communiqué, plaidant pour une refonte plus profonde et donc plus longue du système.

Parmi les entreprises prises entre deux chaises, on retrouve aussi BASF ou Solvay : les deux entreprises de chimie membres du groupement défendant les intérêts de la chimie, le CEFIC sont tiraillés entre plusieurs impératifs. Avoir accès à une énergie moins chère est crucial pour ces industries très gourmandes en énergie ; la chimie penche milite donc pour l’exploitation du gaz de schiste. Les groupes de chimie se disent par ailleurs de fervents acteurs de la lutte contre le changement climatique.

Dans une réponse à la Commission sur ses propositions de paquet climat, CEFIC proposait ainsi une approche « réaliste » à la question du changement climatique, dont l’ambition soit conditionnée au partage de l’effort avec les autres économies occidentales. Solvay et BASF sont par ailleurs membres du World Business Council for Sustainable Development, une organisation destinée à encourage les initiatives pour l’environnement.

Lire l’intégralité de l’article sur le site d’EurActiv. L’étude proprement dite est lisible ici.

 

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