Emballement, hystérie, censure, la dictature insidieuse de la bien-pensance

Cela commence à faire beaucoup, beaucoup trop. Les excès en tout genre sont néfastes pour la santé physique et dans le cas présent pour la santé mentale. Les bonnes causes qui libèrent, celles qui réveillent l’esprit citoyen et les consciences endormies peuvent devenir un poison et gangréner le corps social.

Nous assistons depuis quelques mois à ce phénomène. La puissance des réseaux sociaux qui envahissent l’espace public démultiplie les effets pervers de ces vagues successives qui dévoient les causes censées séparer le Bien du Mal, le bon grain de l’ivraie. Les sommations à « bien penser » deviennent pesantes et enferment le débat public dans un carcan qui délégitime les contradicteurs ou simplement ceux qui émettent des nuances.

Toutes ces manipulations de l’opinion publique procèdent des mêmes techniques: hystérisation du discours avec l’utilisation de mots injurieux, le recours aux amalgames, à la simplification des problèmes, aux dénonciations et aux exclusions. Il faut absolument se trouver un ennemi, un groupe à abattre, un coupable à désigner. La chasse aux sorcières est lancée, le bouc émissaire est désigné. Deux sujets récents illustrent ces dérives néfastes à la bonne résolution des problèmes (réels) auxquels notre Société doit faire face:

  • la défense du concept de Laïcité que des mouvements religieux intégristes veulent remettre en cause quitte à créer le chaos dont ils pensent retirer « les marrons du feu ».

  • la lutte contre le harcèlement que subissent les femmes en particulier sur les lieux de travail et qui a débouché sur la campagne #denoncetonporc.

Dans le premier cas, la défense du concept de la laïcité est devenu une foire d’empoigne qui a finalement dénaturé le contenu de la Loi du 9 décembre 1905 faisant de cette Loi essentielle de notre République un véritable repoussoir pour certains qui parfois n’en demandaient pas tant.

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Dans le second cas, ont été mis dans le même sac dénonciateur, le viol qui est un crime pénal puni de 15 ans de réclusion criminelle et dont la définition est précise : tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise – et les comportements de machistes se prévalant d’un statut de mâle primaire ou de supérieur hiérarchique. Ils méritent une paire de baffes et une remise à leur place cinglante.

Le sujet intimement  lié à cette lutte contre le harcèlement sexuel est l’égalité Homme-Femme dans notre Société avec l’application effective des lois qui existent déjà. Prenons l’exemple sur l’Islande qui a fait le nécessaire pour régler le problème avec les sanctions effectives à la clé pour les entreprises récalcitrantes. Là encore, il s’agit de courage mais de courage politique et d’éducation pour combattre les stéréotypes.

Imposer ou généraliser si cette mesure existe déjà, une charte de bonne conduite dans toutes les entreprises et un auditeur indépendant de la Direction au sein des DRH seraient bienvenus. Cette campagne seule va -t-elle atteindre son but et modifier définitivement des comportements inacceptables ou passer l’indignation générale et les grands discours sur les estrades, va-t-on revenir à la case départ ?

Tous ces phénomènes d’emballement et d’hystérisation du débat public sont des signes inquiétants (parmi d’autres) d’une perte de confiance, d’un manque de repères permettant à la Communauté des citoyens de se projeter dans l’Avenir. Méfiance vis à vis des institutions et de la Politique, de ses représentants.

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Le cadre institutionnel est décrédibilisé et semble incapable de résoudre les problèmes de notre Société, le débat déborde donc via tous les circuits de communication sans mesure ni contrôle des informations. Pas le temps. Les injures font office de débat. En définitif, à qui profite le crime ? La bien-pensance souvent de Gauche, devient un allié inconscient mais ô combien efficace de cette dérive et de ces excès.

Source Mediapart

Didier Bourdon : «Il faut lutter contre la bien-pensance»

 

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