Londres impuissant face à l’afflux de migrants iraniens de Calais

Christophe Castaner et son homologue britannique cherchent un accord pour renforcer les patrouilles de surveillance dans les ports de la Manche.

Pour tenir le rôle de ministre de l’Intérieur, Sajid David possède au moins un trait de caractère indispensable que les uns appellent sa détermination, les autres sa brutalité, en somme : la poigne. Mais face à la crise des migrants iraniens affluant à Douvres et à Folkestone à bord d’embarcations de fortune, le « superflic » d’Albion apparaît impuissant.

« Les raisons de ces arrivées sont le plus souvent en dehors de notre contrôle », a déclaré le ministre dans une interview publiée lundi par le grand quotidien conservateur Daily Telegraph en citant l’instabilité au Proche-Orient, le crime organisé et la situation prévalant à Calais.

Contraint d’ajourner un safari en Afrique du Sud, Javid a réuni une cellule de crise comprenant les responsables du contrôle des frontières pour tenter d’endiguer l’arrivée soudaine de réfugiés iraniens désireux à tout prix de fouler le sol du pays de la deuxième chance. La veille, Javid s’était entretenu avec son alter ego français, Christophe Castaner, en vue de renforcer la coopération bilatérale et réduire le nombre d’arrivées.

L’accord du Brexit en toile de fond

Londres compte sur Paris pour arrêter les flux d’illégaux désireux de gagner l’Angleterre. Les accords du Touquet de 2003 signés dans la foulée de la fermeture du centre de Sangatte, qui fixent de facto la frontière franco-britannique à Calais, sont le pivot de cette étroite coopération. Des agents britanniques de l’immigration opèrent dans les terminus Eurostar de Paris, de Calais, de Lille et de Bruxelles tandis que des policiers français sont présents à Londres St Pancras International, à Ashford et à Ebbsfleet. Des contrôles franco-britanniques opèrent dans les ports de la Manche.

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Pour le gouvernement conservateur, le temps presse. L’affaire risque d’attiser la colère des élus tory du Kent, un bastion tory virulemment eurosceptique, à l’approche du vote crucial par la Chambre des communes prévu à la mi-janvier de l’accord négocié entre Londres et Bruxelles sur le Brexit. Vu l’absence de majorité de parlementaire et de l’hostilité d’une partie des députés de la majorité envers l’arrangement, chaque voix comptera.

Face au défi migratoire dans la Manche, la Royal Navy n’a, pour l’instant, déployé qu’un seul garde-côte au lieu de rappeler les quatre autres navires d’interception et de sauvetage en mer basés en Méditerranée. Depuis novembre, quelque 220 Iraniens ont pu gagner le Royaume-Uni en traversant la Manche. Ces pauvres hères fuient la crise économique et l’instabilité provoquées par la réintroduction des sanctions économiques par l’administration Trump.

«  Permis à points  »

À l’inverse des migrants africains, qui ont déjà éprouvé les énormes risques de la traversée de la Méditerranée, les Iraniens sont arrivés à Calais par voie terrestre. Par ailleurs, au contraire des autres groupes, ils savent nager, une discipline enseignée depuis le plus jeune âge en Iran, soulignent les associations d’aide installée dans le Pas-de-Calais.

Pour attirer le chaland, les passeurs sans scrupules à la tête d’un trafic juteux, fréquent et impitoyable affirment aux candidats au départ qu’il s’agit de la dernière chance de gagner l’Angleterre avant la fermeture des frontières lors de l’entrée en vigueur, le 29 mars 2019, du Brexit. Il s’agit d’un mensonge dans la mesure où le Brexit n’apportera aucun changement à la situation des non-Européens déjà soumis à un « permis à points » fondé sur les besoins de l’économie.

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Quand ils sont recueillis par un navire britannique ou parviennent à gagner la côte, les migrants peuvent s’inscrire comme demandeurs d’asile. Pris en charge par des ONG, ils sont logés et nourris dans des hôtels ou des centres d’aide d’hébergement mais ne peuvent pas travailler jusqu’à l’obtention de leur statut officiel de demandeur d’asile.

En vertu de la législation européenne, ils ne peuvent pas être renvoyés en France. Au total, le Royaume-Uni a reçu 26 350 demandes d’asile en 2017. La situation est d’autant plus difficile pour Theresa May, qu’elle a mis le contrôle des frontières au cœur de sa politique pour tenir compte de l’hostilité des milieux populaires à la libre circulation des Européens à l’origine de la victoire du camp du départ lors du référendum du 23 juin 2016.

Source Le Point.fr

 

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Une pensée sur “Londres impuissant face à l’afflux de migrants iraniens de Calais

  • 2 janvier 2019 à 23 h 59 min
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    Londre à bien fait d’aller signer le pacte de l’ONU en faveur de la mise en conformité des flux migratoires.

    Bien fait …!

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