Tariq Ramadan, lycée Averroès : comment le Qatar finance l’islam de France

Christian Chesnot et Georges Malbrunot révèlent dans un nouveau livre qu’une ONG liée à l’émirat offre un salaire mensuel de 35 000 euros à l’islamologue Tariq Ramadan, et a participé au financement du premier lycée musulman de France.

Les investissements massifs réalisés par le Qatar depuis quelques années sur le sol français ne concernent pas seulement le football ou les entreprises du secteur du luxe et de l’hôtellerie. Dans leur nouveau livre Qatar Papers (Michel Lafon), les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot ont eu accès aux comptes de l’ONG Qatar Foundation – liée à l’émir, selon Le Point – et ont ainsi pu s’intéresser aux divers projets qu’elle finance en France.

Dans les documents internes qu’ont pu consulter les journalistes, Qatar Charity explique que ses actions visent au renforcement de l’identité islamique des communautés musulmanes d’Europe. C’est donc dans cette optique que l’ONG a financé le développement de mosquées, d’associations mais aussi d’écoles en France. Et qu’elle offre de généreux émoluments à l’islamologue controversé Tariq Ramadan, tête de proue des Frères musulmans, cette confrérie islamique dont le Qatar entend diffuser l’idéologie.

35 000 mensuels versés à Tariq Ramadan

Accusé de viols et de harcèlement sexuel par plusieurs femmes, le prédicateur Tariq Ramadan, qui a passé huit mois derrière les barreaux avant d’être libéré sous conditions, bénéficie d’un soutien pour le moins conséquent de l’ONG. Une information révélée par les deux journalistes, qui ont eu accès à l’enquête de Tracfin (l’organisme du ministère de l’Economie chargé de la lutte contre la fraude, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme) au sujet des comptes bancaires du prédicateur.

Ainsi, Tariq Ramadan a rapatrié des fonds personnels en provenance du Qatar pour un montant de 590 000 euros sur un compte bancaire personnel en juillet 2017, puis de 35 000 euros en octobre pour financer l’achat, avec son épouse, de deux appartements parisiens, pour un montant de 670 000 euros.

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Entre le 1er janvier 2017 et le 5 février 2018, soit trois jours après son incarcération, Tracfin a remarqué que deux comptes bancaires domiciliés en France et ouverts au nom de Tariq Ramadan ont enregistré d’importants mouvement de fonds, avec pas moins de 729 910 euros crédités pour 778 269 débités.

Des sommes conséquentes qui peuvent s’expliquer par le salaire très confortable que touche l’islamologue en sa qualité de consultant auprès de Qatar Foundation, qui s’élève à 150 000 riyals, soit 35 000 euros mensuels, selon Tracfin.

Des revenus qui sont complétés par les 60 000 euros que lui versent ses maisons d’éditions (Seuil, Presses du Châtelet), les 19 000 euros ont provenance d’organisations internationales ou religieuses, dont la Ligue des musulmans de Suisse, et les 6 000 euros de l’association Juste Cause, dont l’un des buts est de venir en soutien aux musulmans qui font face à des discriminations et doivent couvrir des frais de justice.

Et en dépit de ses déboires judiciaires et des graves accusations qui pèsent sur lui, Tariq Ramadan n’a pas été abandonné par l’université britannique d’Oxford, où il enseigne, qui a continué de lui verser chaque mois 4 500 euros. Y compris pendant sa détention.

3 millions d’euros pour le lycée Averroès

Selon Christian Chesnot et Georges Malbrunot, Qatar Charity a également joué un rôle prépondérant dans le financement du lycée Averroès de Lille, premier établissement musulman sous contrat d’association avec l’Etat français. L’ONG a financé le lycée à hauteur de trois millions d’euros, et est très présente dans la région, puisqu’elle a également offert 1,2 millions d’euros au centre islamique de Villeneuve-d’Ascq.

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L’engagement du Qatar est tel dans la région que le pays à même proposé de racheter le lycée, puis de le louer à l’équipe dirigeante. «C’était un investissement pour les Qataris, comme le Paris-Saint-Germain. Alors que la communauté musulmane essayait, non sans mal, d’agrandir l’établissement, eux achetaient le terrain, construisaient de beaux locaux et nous les louaient ensuite», a confié aux journalistes Michel Soussan, conseiller pédagogique d’Averroès, avant d’expliquer que la commission éducative avait décliné la proposition.

Mais selon Omero Maron-giu-Perria, qui intervient régulièrement à Averroès, «le cadre frériste imprègne les esprits». L’immense majorité des filles du lycée sont voilées, or comme le rappellent Christian Chesnot et Georges Malbrunot, le port du voile figurait parmi les objectifs de l’ONG qatarienne quand elle a financé l’établissement.

«L’environnement dans lequel baignent les élèves est fidèle à l’orthodoxie qu’enseigne l’imam d’Amiens Abdallah Ben Mansour, une figure de la mouvance des Frères en France qui vient parfois dire le prêche le vendredi à Averroès», a ainsi fait savoir Omero Maron-giu-Perria.

Si des députés avaient réclamé en 2011 la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le lycée, celle-ci ne verra jamais le jour, selon les deux journalistes, qui pointent du doigt les relais dont celui-ci dispose parmi les politiques, de droite comme de gauche.

Il faut dire que les responsables français entretiennent de longue date une relation privilégiée avec leurs homologues qataris. Depuis 2008, les investisseurs qataris jouissent même d’un régime fiscal d’exception qui les exempte d’impôt sur les plus-values immobilières et d’impôt sur la fortune durant leurs cinq premières années de résidence en France. Le candidat Macron avait promis de mettre fin à cette disposition.

Source RT

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