Monsanto : le Vietnam interdit le glyphosate, les États-Unis montent au créneau

Le ministère vietnamien de l’Agriculture et du Développement rural a retiré la substance des listes de produits approuvés dans le pays invoquant sa “toxicité”. Le ministère de l’Agriculture américain se dit “déçu”.

Le débat autour du glyphosate tourne à la guerre diplomatique. Invoquant la “toxicité” des produits contenant cette substance et leur impact sur l’environnement et la santé, le ministère vietnamien de l’Agriculture et du Développement rural a officiellement annoncé mercredi 10 avril leur retrait des listes de produits approuvés dans le pays. Et les États-Unis n’ont pas tardé à monter au créneau : « Nous sommes déçus par cette décision qui va avoir des effets dévastateurs sur la production agricole mondiale », a déclaré le ministre américain de l’Agriculture, Sonny Perdue, dans un communiqué.

« Si nous voulons nourrir 10 milliards de personnes en 2050, les agriculteurs du monde entier doivent avoir accès à tous les outils et technologies à leur disposition », justifie-t-il.

« A de nombreuses reprises, le ministère américain de l’Agriculture a partagé (avec les autorités vietnamiennes) des études scientifiques de l’Agence américaine de protection de l’environnement et d’autres organisations internationalement reconnues concluant que le glyphosate ne posait probablement pas de risques cancérigènes pour les humains », ajoute Sonny Perdue dans le communiqué.

Le responsable affirme par ailleurs que le Vietnam n’aurait pas respecté l’obligation de notifier ce changement réglementaire à l’Organisation mondiale du commerce, suggérant ainsi un possible recours devant l’institution.

Débat scientifique sur le caractère cancérigène

Le glyphosate est commercialisé sous diverses marques, mais la plus connue reste le Roundup du groupe américain Monsanto, filiale depuis l’an dernier du géant allemand de la chimie Bayer. Désherbant le plus utilisé au monde, il est classé “cancérigène probable” depuis 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais Bayer, qui en 2018 a acquis Monsato, affirme que « la science confirme que les désherbants au glyphosate ne causent pas le cancer ».

Pour l’instant, seule une poignée de pays a limité l’utilisation du glyphosate. Le Sri Lanka, qui avait décidé de l’interdire totalement en 2015, est revenu partiellement sur cette décision en 2018. Le gouvernement français a promis que le glyphosate serait interdit d’ici fin 2020 pour les principaux usages quand des alternatives existent et d’ici fin 2022 pour l’ensemble des usages.

Bayer en difficulté

Depuis quelques mois, Monsanto a multiplié les revers concernant le glyphosate. Aux Etats-Unis, la filiale de Bayer vient de subir deux défaites judiciaires de taille le condamnant à verser des dizaines de millions de dollars à deux personnes atteintes d’un cancer qu’elles attribuent au Roundup et fait face à des milliers d’autres procédures similaires. En France, un agriculteur a remporté jeudi à Lyon une nouvelle bataille judiciaire dans le combat qu’il mène face à la société américaine depuis son intoxication en 2004 par le désherbant Lasso, désormais interdit.

Lire aussi:  La justice donne raison pour la troisième fois à Paul François face à Monsanto

Bayer, qui a racheté Monsanto l’an dernier pour 63 milliards de dollars (56 milliards d’euros), subit de plein fouet les conséquences de ces défaites. Depuis août, l’action Bayer a perdu plus d’un tiers de sa valeur, faisant chuter la capitalisation boursière du groupe d’environ 30 milliards d’euros. Le 11 avril, son président du directoire a d’ailleurs reconnu que le groupe chimique allemand était confronté à de grandes difficultés en raison de la multitude de poursuites judiciaires engagées contre Monsanto.

(Avec AFP et Reuters)

Crédit photo : Reuters

Source La Tribune

 

 

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