Qui a financé le OUI à la directive UE sur les armes ?

A voir sur les réseaux sociaux la très forte mobilisation citoyenne contre la directive européenne on aurait sans peine parié que les opposants allaient l’emporter, ce n’est pas le cas, 64 % des Suisses ont plébiscité le texte européen. C’est à se perdre en conjectures, tant d’énergies et de citoyens mobilisés pour arriver à un résultat si contraire, comment l’expliquer ?

Toutes les dernières votations qui ont mis en jeu nos relations avec l’UE ont des points communs, elles se suivent et se ressemblent. Lorsqu’on analyse l’opinion de la rue et des réseaux sociaux on perçoit tout un peuple qui s’oppose, et pourtant au final le résultat des urnes montre autre chose. Tel a déjà été le cas avec le vote sur les juges étrangers qui a été perdu par 66 % des voix. À chaque fois un tiers des Suisses lutte avec volonté mais c’est les deux autres tiers passifs et trompés qui l’emportent.

Lorsqu’un problème se répète le bon sens recommande d’en identifier les caractéristiques. Et les deux dernières votations ont précisément montré des caractéristiques semblables : un Conseil fédéral et des autorités politiques qui mentent, des moyens matériels et financiers considérables mis à leur disposition et bien supérieurs à ceux dont disposent les citoyens.

Dans le vote sur les juges étrangers le Conseil fédéral a menti, dans le vote d’aujourd’hui aussi, en affirmant que Schengen-Dublin assure notre sécurité et que nous ne pourrions pas nous en passer. Un recours avait été déposé au Tribunal fédéral pour cause de mensonges dans la campagne sur les juges étrangers, il demandait que le scrutin soit annulé. Les juges n’ont même pas examiné les abus du Conseil fédéral, et même s’ils ont reconnu que le parti socialiste et Amnesty avaient délibérément menti et trompé le peuple, les juges ont refusé de manière arbitraire d’examiner les mensonges de l’Exécutif fédéral. La conséquence est aujourd’hui dramatique, une impunité au mensonge est de fait reconnue et tolérée pour le Conseil fédéral. L’affaire est si grave que nous y reviendrons.

Ce qu’il faut ici comprendre c’est que tant que le Conseil fédéral jouira d’une telle impunité lorsqu’il ment nous obtiendrons les mêmes échecs que dans la votation de ce jour. De même tant que les partis politiques et des associations comme Amnesty pourront mentir en toute impunité durant les campagnes nous n’aurons aucune chance d’inverser le problème actuel. D’autant plus lorsque ceux qui trompent le peuple disposent de moyens financiers et étatiques considérables ou sont financés par l’étranger.

Nous ne sommes plus face à un problème particulier qui ne concernerait que le scrutin du jour, nous sommes désormais face à un problème général de « structure ». Un problème de structure qui se caractérise maintenant par un droit des autorités politiques à mentir et en utilisant pour ce faire les moyens gigantesques de l’Etat et de la radio-télévision publique.

Tant que ce problème de structure ne sera pas dénoncé et démantelé le sort des scrutins qui suivront parait littéralement scellé. Toute campagne de vote s’opposant à l’UE sera dans la plupart des cas une perte d’argent et d’énergie.

Ces problèmes de structures se manifestent sous plusieurs aspects, en est un le problème posé ce jour par le financement pour ainsi dire occulte qui a soutenu le Comité du « Oui à la loi sur les armes et à Schengen/Dublin ».

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Durant la campagne sur la directive beaucoup se sont étonnés de voir leurs boîtes aux lettres inondées massivement par un journal de propagande nommé l’Essentiel qui militait en faveur de la reprise du droit européen. Ce journal était lié à un site internet nommé securite-oui.ch dirigé par un Comité constitué de 48 conseillers nationaux PLR, PDC et Verts libéraux et de 11 conseillers d’Etat (gouvernement cantonal) des mêmes partis. Beaucoup se sont demandé d’où venait une telle quantité d’argent.

La réponse est en partie connue, la voici, et elle est problématique
  • Le site internet à la base de la campagne oui-securite.ch a été financé par Economiesuisse, l’association faitière des entreprises suisses.
  • Economiesuisse reçoit des financements de ses membres, à tout le moins des cotisations de membres dont on ignore tout des montants qui ne sont pas rendus publics, Economiesuisse est une association privée.

  • Parmi les membres qui financent Economiesuisse on trouve des multinationales étrangères (ce qui pose le problème du financement de campagnes politiques par des entreprises étrangères) mais on trouve également parmi ses membres des organismes étatiques ou semi-étatiques comme la Direction économique du Canton de Zürich, l’Union suisse des Banques cantonales ou Swisscom. On rappelle que Swisscom c’est une capitalisation de 24 milliards dont 51,2 % appartiennent au peuple suisse, et que si c’est une entreprise légalement privée qui a été privatisée elle doit cependant rester sous contrôle et agir dans les intérêts du peuple suisse, et que dans ce sens toute intervention partisane ou financement d’une campagne politique lui est interdit. Pourtant Swisscom est membre d’Economiesuisse qui est un lobbyiste majeur.

  • On trouve parmi les membres d’Economiesuisse les 20 chambres de commerce de notre pays, dont la plupart reçoivent des financements d’entités étatiques ou semi-étatiques, telle la Chambre de commerce du canton de Fribourg qui reçoit de l’argent public au travers de cotisations de la Banque cantonale ou au travers d’un sponsoring par l’Etablissement cantonal d’assurance incendie ECAB. Et pourtant, la Chambre de commerce fribourgeoise est membre d’Economiesuisse et la finance au moins par le biais de cotisations.

De même la Chambre de commerce et d’industrie du canton de Genève CCIG qui reçoit des dons d’entreprises publiques, comme des services industriels genevois SIG, ou d’entreprises semi-publiques comme les Ports Francs. La CCIG se livrant elle-même à du sponsoring, la chambre étant à la fois sponsorisée par les SIG et par la Banque cantonale et devenant à son tour sponsor, et peut-être par hypothèse sponsor d’Economiesuisse, une telle configuration et de tels circuits d’argent laissent largement la place à du financement indirect de campagnes politiques par des deniers publics. D’autant que la CCIG est un organisme clairement pro-UE et a pris position en faveur du oui à la directive européenne sur les armes et qu’elle ne se prive pas de faire de la politique de manière intense comme un lobbyiste.

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Une partie du peuple suisse se demande souvent comment il perd les votations. Il y aura en partie une réponse ici.

Le schéma genevois est ce jour dénoncé à la Cour des comptes du canton de Genève afin qu’elle se penche sur sa légalité, plus précisément sur la question de savoir si la CCIG qui se comporte comme un lobbyiste et est membre de cet autre lobbyiste qu’est Economiesuisse, peut recevoir de l’argent public et être financée par des entreprises étatiques comme les SIG et la Banque cantonale.

Dans toutes les entités considérées, chambres de commerces, banques cantonales, entreprises publiques ou sociétés semi-étatiques on retrouve presque systématiquement des politiciens ou d’anciens politiciens du PLR et du PDC à leurs directions. Et bien qu’on ne puisse évidemment rien affirmer ici de manière catégorique, pour cela il faudrait avoir les moyens d’investiguer chaque compte et chaque flux d’argent de ces entités et associations, il faudrait cependant être naïf pour ne pas voir qu’indépendamment des montants en jeu, les acteurs sont suffisamment nombreux (20 chambres de commerce) pour créer des ruissèlements d’argent public en faveur d’entités qui ont une influence prédominante en matière politique et qui jouent des rôles de lobbies. Voilà un problème urgent de notre démocratie.

Tant que le peuple n’interdira pas de telles situations il ne doit se faire aucune illusion sur le sort de sa souveraineté. Dans notre démocratie actuelle celui qui gagne n’est pas celui qui dit la vérité, c’est celui qui a le plus de moyens financiers ou étatiques à disposition, et à cette aune le peuple est ici totalement dominé.

Au regard de cette situation on se demande comment il se fait qu’elle soit encore possible. Le droit de mentir du Conseil fédéral doit être immédiatement éradiqué. Toute association hors parti politique, tout lobby qui reçoit des subventions ou des financements publics directs ou indirects de l’Etat ou de sociétés paraétatiques doit être exclu du débat politique. Il ne doit pas être possible de drainer de l’argent public pour financer des campagnes de votation.

Les associations qui reçoivent des fonds de l’étranger ou d’entreprises en mains étrangères doivent être exclues du débat politique en Suisse, elles doivent choisir entre droit d’expression politique et financement étranger. Cette dernière situation ne concerne pas seulement Economiesuisse mais aussi les lobbyistes pro-UE comme le Nomes et le Foraus qui perçoivent des financements européens.

Cette situation doit être corrigée d’urgence avant les élections fédérales d’octobre. Il faut soutenir tous les candidats qui agiront dans ce sens, car eux-seuls seront dans le sens du peuple et de sa souveraineté. Cela exclut tous les candidats de ces partis qui abusent de nos institutions.

Tant que le peuple ne reprendra pas le contrôle de la vérité politique et le contrôle du financement politique alors il continuera comme aujourd’hui à voir sa souveraineté s’évider à chaque fois un peu plus.

Michel Piccand pour LesObservateurs.ch

 

 

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