Un retraité de Tremblay-en-France : « Ma ville est en train de changer »

« Il est grand temps que la gauche et la droite se rendent compte de la dérive de la France », lâche Yvan, à la sortie du Carrefour Market de Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis). Ce retraité de 72 ans nous avait pourtant opposé une fin de non-recevoir. « Je ne vous dirai pas pour qui je vote », avait-il esquivé, s’éloignant avec son chariot de courses plein à ras bord. Et puis, on a compris.

Dimanche 26 mai, jour des élections européennes, Yvan a, pour la première fois, glissé un bulletin Rassemblement national dans l’urne, lui qui « soutenait le vote PCF » jusqu’à présent. Deux jours plus tard, le retraité ne regrette rien.

« Je connais des jeunes qui ont préféré arrêter de travailler pour toucher les aides. On a fait une génération de fainéants”, maugrée-t-il, tandis que les mots “incivilité », « laxisme » et « immigration incontrôlée » fusent.

Yvan rejoint la cohorte des électeurs RN qui ont donné à Jordan Bardella la première place dimanche. La jeune tête de liste du parti de Marine Le Pen, ancien secrétaire départemental de Seine-Saint-Denis, a réalisé à Tremblay-en-France 21,94% des voix, loin devant La République en marche (15,05%) et surtout La France insoumise (12,83%). Un paradoxe dans cette ville traditionnellement d’extrême gauche, qui a voté à 35% pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle et élu Clémentine Autain aux législatives

Le maire, François Asensi, réélu sans interruption depuis 1991, a eu sa carte du PCF jusqu’en 2010 avant de devenir un sympathisant du Front de gauche. Pour autant, le vote en faveur de l’extrême droite n’est pas une nouveauté. Aux élections européennes de 2014, le parti de Marine Le Pen avait même fait mieux en décrochant 28,26% des voix dans cette ville qui compte 35 000 habitants.

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“Ça ne m’étonne pas que le RN soit en tête”

A Tremblay-en-France, il n’est donc pas rare de rencontrer des électeurs de longue date du Rassemblement national. Eric, croisé à la sortie du Lidl du nord de la ville, votait déjà pour Jean-Marie Le Pen. « Le RN, c’est un fruit que l’on n’a pas goûté, il faudrait le goûter, glisse ce boulanger de 47 ans. Et puis, il faut changer entre la droite et la gauche. » Lorsqu’on lui fait remarquer qu’Emmanuel Macron a justement construit son succès sur le “ni droite ni gauche”, la réponse jaillit immédiatement : « Tout ce que fait Macron, c’est de nous prendre pour des vaches à lait. »

Si cet électeur n’a jamais fait défaut au Rassemblement national, d’autres ont été tenté d’abandonner le vote bleu marine. « Il y a eu un passage à vide après la présidentielle avec la défaite et le débat raté. Il a fallu rebondir », reconnaît Alain Mondino, le délégué RN de la 11e circonscription de Seine-Saint-Denis, qui englobe Tremblay. Rémy, contrôleur technique, a ainsi préféré voter blanc au second tour de la présidentielle, déçu par la prestation de la candidate frontiste lors du débat de l’entre-deux-tours. Convaincu par Jordan Bardella, il est revenu voter RN aux européennes. Pour une raison simple : « Il y a un ras-le-bol de tout. Ça ne m’étonne pas que le RN soit en tête.»

 

« Il n’y a rien qui marche actuellement, alors pourquoi ne pas aller voter pour les extrêmes ? »
« Il y a eu un changement de population »

L’explication de l’ancrage du vote RN est plutôt à chercher du côté de l’évolution démographique de la ville et des mutations des différents quartiers. C’est dans les zones pavillonnaires, situées en périphérie du centre-ville, que se concentrent les bulletins pour Jordan Bardella. Depuis quelques années, les mouvements de population ont accéléré la poussée du RN dans ces zones.

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« Il y a 10 ou 15 ans, certaines familles du centre-ville [issues de l’immigration] ont eu accès au crédit et ont pu s’acheter un pavillon. Et ça ne plaît peut-être pas aux anciens habitants », tente de comprendre dans le local de son association Samir Souadji, à la tête d’Apart qui agit pour l’insertion professionnelle et l’accompagnement social de 500 jeunes dans le département.

Le maire ne dit pas autre chose. « Il y a eu un changement de population. Des résidents des tours du Grand ensemble ont acheté des pavillons et depuis, il y a des non-dits », explique François Asensi, du haut de sa mairie construite dans les années 1970. Contrairement à d’autres villes du département, à Tremblay-en-France, les logements sociaux sont concentrés au cœur de la commune et les résidences individuelles construites en périphérie.

[…]

Source francetvinfo

 

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