Boris Johnson et Matteo Salvini seront-ils bientôt le pire cauchemar de Bruxelles?

FIGAROVOX/TRIBUNE – Le 22 juillet prochain, le nom du successeur de Theresa May sera connu. Si Boris Johnson parvient à se hisser à la tête du Royaume-Uni, estime le géopolitologue Alphonse Moura, il pourrait être un allié de choix pour Matteo Salvini dans sa fronde contre l’Union européenne.


Alphonse Moura est géopolitologue, maître en sciences politiques et relations internationales à l’Institut d’Études Politiques de l’Université Catholique Portugaise.


Jean-Claude Juncker se concerte en ce moment avec ses proches pour empêcher la liaison entre Londres et Rome, qui mettrait son projet européen en échec. Sa garde rapprochée partage ses craintes, et elle manœuvre pour bloquer l’ascension de Boris Johnson. Si l’ancien maire londonien prend la tête des Tories, et ainsi également celle du pays, la possibilité d’un Brexit dur (une sortie du Royaume-Uni de l’UE sans accord) devient plus que jamais imaginable.

Juncker a dit récemment que l’Italie se trompe de direction. Une procédure contre Rome, à cause de son déficit, reste à l’ordre du jour. Même si le Mouvement 5 Étoiles (M5S) est sorti affaibli du scrutin européen, la Ligue a gagné des ailes. La majorité des votants qui ont abandonné le parti de Luigi di Maio ont choisi Salvini comme leur nouveau champion.

Cela veut dire que les partis traditionnels (PD et Forza Italia) demeurent faibles et que les Italiens préfèrent l’Italie de Salvini à celle de Renzi. Le scénario catastrophiste de ceux qui promettaient la fin du monde avec l’arrivée des populistes au pouvoir ne s’est pas réalisé. La vie des Italiens continue, voire même, elle s’améliore.

« Londres regarda souvent le processus d’intégration avec méfiance, Rome était enthousiasmée au début mais l’excitation s’est refroidie. »

Les comparaisons entre deux pays différents sont toujours hasardeuses, mais on relève tout de même des ressemblances étonnantes entre le Royaume-Uni et l’Italie. Tout d’abord, il y a une majorité hostile à Bruxelles dans les deux pays, comme le référendum britannique et les élections italiennes l’ont démontré.

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Ensuite il y a une tradition d’hostilité vis-à-vis de l’Europe carolingienne, trop centrée autour du Rhin et pas assez préoccupée par les zones périphériques. Londres regarda souvent le processus d’intégration avec méfiance,

Rome était enthousiasmée au début mais l’excitation s’est refroidie ; Lucio Caracciolo affirme que Paris et Berlin ne regardent pas le gouvernement italien comme un égal. La douleur est encore plus véhémente car l’Italie est un membre fondateur, elle était là pendant le temps de l’Europe des six.

L’état calamiteux de la Grèce fait froid dans le dos partout en Europe ; l’intransigeance des institutions européennes a radicalisé l’opinion publique italienne.

Durant un débat avant les européennes entre Mario Monti et Claudio Borghi, le premier confessa qu’il préfère parler de «communauté européenne» que d’une «union européenne». Quand Monti, un vrai défenseur de l’ordre régnant, en est là, c’est que quelque chose d’important est en train de se passer.

Paraît-il qu’après l’été, l’Italie introduira les «minibots». Derrière ce nom mirifique se cache un énorme défi à l’euro. Nous imaginons déjà les mauvaises langues dire que les minibots ne seront pas une vraie monnaie parallèle, et ils auront tout à fait raison ; cependant leur circulation aura partiellement les mêmes effets. Il est fort probable que la BCE considérera leur émission comme une déclaration de guerre.

Le positionnement du président français obligera chacun à choisir son camp.

La situation intérieure française est un autre détonateur du système européen. La montée du Rassemblement National a été magistralement endiguée par Emmanuel Macron. Le pari de l’union du centre-droit et du centre-gauche a été un succès, mais cela signifie que l’ambigüité ne peut plus tenir.

Si dans les frontières de l’Hexagone Macron est l’homme du «en même temps», au-delà desdites, il n’a de cesse de le pourfendre. Sa volonté des listes communes aux européennes, son désir d’une armée européenne… révèlent son souhait de renforcer l’intégration des États-membres. Soit vous êtes du côté des progressistes, soit vous êtes du côté des populistes. Le positionnement du président français obligera chacun à choisir son camp. C’est pourquoi le «ni-ni» pratiqué à LR est inaudible. La polarisation ne fera que s’aggraver.

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Le 22 juillet est une date-clef pour l’Union européenne. Ce jour clôturera le processus de désignation du successeur de Theresa May à la tête du parti conservateur,et nous saurons si Boris Johnson a été élu ou non. Il sait que si le Royaume-Uni ne sort pas de l’Union européenne avant novembre, la réputation de son parti sera à jamais compromise. Les défections seront telles que le nouveau Brexit Party remplacera les Tories.

L’entente entre Rome et Londres se fera tout naturellement, et les deux gouvernements insisteront sur leur légitimité démocratique pour attaquer frontalement la structure bruxelloise et sa froideur technocratique. Certes, la situation britannique est une rupture, celle de l’Italie est simplement une demande de renégociation. Pour l’instant…

D’ailleurs les États-Unis ne se voient plus comme responsables de la survie de l’euro, leur problème est différent et ils ne veulent pas s’arrimer à un euro impopulaire. Washington espère que Johnson pourra faire front commun avec l’Italie contre l’Europe rhénane pour empêcher que Rome ne s’approche trop de l’Est. Un tel appui anglo-américain tempérerait certainement le tropisme russe de Salvini, et le tropisme chinois de di Maio.

Il y a cinq ans, dire que Salvini serait aux affaires en Italie et que Boris Johnson serait le Premier ministre britannique aurait paru bien imprudent. Aujourd’hui, ce sont une vérité et une presque vérité. Et l’élection du parlement européen n’y a rien changé.

Source : Le Figaro

 

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