Le gorille musulman invisible

Cette expérience, le test du gorille invisible, a été réalisée des milliers de fois, avec des résultats extrêmement consistants malgré diverses variations: on prie un groupe de gens d’observer six personnes, trois vêtues de blanc et trois de noir (par exemple) se passer un ballon et on demande à l’audience de compter le nombre de passes entre les personnes vêtues de blanc. Rien de bien difficile et la grande majorité des gens attentifs va compter correctement. Si vous ne connaissez pas ce test, vous pouvez le faire ici-même, en suivant la vidéo suivante:

 

Pour une bonne moitié des gens, l’effet psychologique de la concentration sur le nombre de passes va rendre ces personnes aveugles à des événements sinon stupéfiants. Dans la vidéo proposée ici, une personne portant un costume de gorille vient se frapper la poitrine au centre de la scène, puis s’en va. Deux autres événements marquants sont également totalement ignorés (les remarquerez-vous?).

Cela montre que notre cerveau, lorsqu’il se concentre sur un phénomène précis, ignore des événements qui en principe devraient nous faire réagir, ceci même s’ils occupent le centre de la scène que nous observons pourtant attentivement. Par exemple l’apparition soudaine d’un gorille ou une transformation majeure de l’environnement. En fait, c’est la concentration même sur un phénomène prédéfini qui engendre cet aveuglement partiel.

On peut donc, simplement en définissant par avance les critères qu’on souhaite mettre en évidence, en faire ignorer d’autres pourtant placés en pleine lumière et autrement plus évidents pour des observateurs qui ne subissent pas cette influence. Mais ces derniers auront bien sûr moins d’intérêt à examiner la présentation, de sorte qu’en définitive on peut avancer que plus les gens s’intéressent à un certain sujet, plus ils seront susceptibles de succomber à l’effet en question.

C’est ainsi qu’on peut fort bien dissimuler l’essentiel sur un certain sujet en multipliant ostensiblement les sources d’information sur ce même sujet.

En attirant l’attention d’un public sur des aspects précis, en donnant à comprendre que ces aspects sont importants et devraient être compris, on favorise la déconnexion de la partie de leur cerveau qui vérifie sinon régulièrement dans quelle mesure le monde perçu correspond bien à l’idée, l’image qu’on en a. C’est une manière possible de créer ce phénomène qu’on appelle aussi «l’éléphant dans le salon», ou le «secret de Polichinelle».

Ainsi, d’innombrables organisations inondent le monde d’informations et de réflexions sur l’islam, en insistant sur l’importance de ces aspects pour «comprendre» le phénomène.

En Suisse, par exemple, nous avons le Centre Suisse Islam et Société (CSIS);

En Belgique, nous avons le Réseau de recherche, de formation et d’étude sur l’islam européen;

En France, on ne compte plus les organisations de ce type; au niveau mondial, nous avons notamment l’Organisation de la Coopération islamique (OCI) et l’Organisation Islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture (ISESCO). Et bien sûr, nous avons une foule d’auteurs plus ou moins indépendants et le brouhaha permanent des médias. Où est le gorille?

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Vue de l’intérieur, la religion musulmane consiste d’abord en certaines règles de base imposées à tous les fidèles, ce qu’on résume souvent par «les cinq piliers». L’un d’eux, la prière, est de loin le plus répétitif.

Elle consiste en cinq cérémonies quotidiennes au cours desquelles il est notamment prescrit de répéter un bref chapitre du coran (Fatiha, sept versets) à chaque cycle de prière, soit au moins 17 fois par jour au total, ou plus de 6200 fois par an, ou près de 500.000 fois en une vie. Cette répétition va bien sûr avoir des effets, également au niveau cérébral.

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Notre système cérébral (qui ne se limite pas au cerveau lui-même) exécute un très grand nombre d’activités sans notre intervention consciente. Par exemple, toutes les activités motrices (saisir, marcher, nager, faire du vélo et même parler) sont automatisées après une période d’apprentissage, et on ne les oublie pas, car la mémoire sollicitée n’est pas non plus celle que nous utilisons pour nous souvenir de nos rendez-vous ou de la date d’anniversaire de nos proches.

Il en va de même, dans une certaine mesure, de nos convictions – celles qu’on se répète souvent et régulièrement tendent à devenir ce que nous percevons comme des «vérités», des axiomes, que nous ne remettons plus en question, ou seulement au prix d’une forte déstabilisation mentale et émotionnelle.

Or le septième verset de ce bref chapitre répété au moins 6200 fois par an par les fidèles implique d’exclure de la miséricorde divine «ceux qui ont encouru Sa colère» et les «égarés». Qui sont ces gens? Selon le prophète de l’islam, cités dans une série de hadiths, il s’agit respectivement des juifs et des chrétiens.

Une interprétation devenue courante veut que les juifs et les chrétiens fassent ici figure d’exemples typiques, sans constituer une définition ferme, de sorte que tous les non-musulmans, en fait, sont visés. On pourrait ajouter «et les musulmans qui s’attirent la colère de dieu et les égarés», mais ces gens, alors, seraient-ils encore considérés comme des musulmans par les musulmans qui suivent la voie? C’est peu probable.

L’islam a donc pour caractéristique centrale et permanente, partagée par tous les fidèles (ou les pratiquants, mais la prière étant obligatoire, seuls ces derniers sont des fidèles au sens islamique), d’établir, par des milliers de répétitions, durant toute une vie, une séparation de plus en plus nette et perçue comme de plus en plus évidente et «vraie», entre musulmans et non-musulmans.

Comme chacun sait, cela implique que ces derniers vont passer l’éternité en enfer, à moins qu’ils ne se repentent (de leur vivant) puis suivent la voie, auquel cas dieu peut les pardonner, s’il veut. Certes, l’islam n’est pas seul à répandre ce type de croyance, mais aucune autre religion n’impose à tous ses fidèles de se répéter cela environ 500.000 fois en une vie pour accéder au paradis.

On peut donc avancer que plus les gens pratiquent la religion musulmane, plus ils se sentent «autres» que ceux qui renoncent à cette pratique. Et cette conviction, avec la pratique, va atteindre pour eux le rang de vérité suprême et inébranlable, que tout leur être va défendre comme un trésor ou une chose absolument vitale.

Certes, une telle ségrégation n’est pas forcément grave en soi. C’est problématique dans la mesure où de telles communautés évoluent dans des sociétés qui ne souhaitent pas tolérer le communautarisme ou le refus de s’assimiler, mais l’histoire fourmille d’exemples de communautarismes neutres et même fructueux.

Au niveau individuel, cela posera quelques problèmes pour les membres de ces communautés dont le caractère est peu propice à l’ouverture et à la sympathie, mais sans obligatoirement engendrer des heurts ou des conflits dépassant le cadre usuel dans une société libre. Les membres sympathiques ou compatissants vont quant à eux se sentir le devoir de convertir, donc de sauver, les non-membres, comme le recommande leur religion, et cela peut revêtir des aspects désagréables, mais sans poser de problèmes insurmontables non plus.

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Toutefois, dans le cas de l’islam, compte tenu de la vision spécifiquement coranique des non-musulmans (infidèles, injustes, gens du feu, promis au châtiment, etc.), il est fort probable que les musulmans, d’une manière générale, développent une animosité prononcée envers les non-musulmans à mesure que leur religion prend de l’importance dans leur environnement et leurs pensées. Et compte tenu des comportements recommandés, voire imposés par la religion islamique aux musulmans face aux non-musulmans, la situation peut devenir plus précaire.

En effet, le coran, la tradition du prophète de l’islam et par voie de conséquence plus de mille ans d’exégèse et de jurisprudence prévoient que les musulmans doivent, quand ils le peuvent, répandre l’islam, par la prédication et, en cas de refus, par la guerre. Et il leur est de plus en plus facile de l’apprendre ou de le vérifier, comme je l’indique ailleurs, grâce à l’alphabétisation, la scolarisation et la numérisation. Et bien sûr ces choses-là intéressent avant tout les musulmans, au premier chef les professionnels de la religion – eux connaissent très bien le gorille et ne manquent jamais ses apparitions.

Il faut donc craindre, notamment, que les communautés musulmanes de nos pays posent des problèmes graves, et de plus en plus graves, à mesure que leur taille augmentera (ne serait-ce qu’en raison de leur démographie) et qu’elles se concentreront sur leur religion, quel que soit le flux d’autres informations sur ce sujet. Car ces dernières ne primeront sans doute pas, pour ces gens, sur les ordres clairs du gorille coran et les consensus millénaires (et toujours actuels) de leurs coreligionnaires savants.

Certes, il est devenu possible, dans nos sociétés largement pacifiées, de discuter de problèmes même très épineux, de sorte qu’on pourrait espérer développer des solutions valables. Mais à condition d’en parler. Si les médias, par exemple, se penchaient sur ces aspects, si les universitaires creusaient ces problèmes, si les politiques s’en souciaient, si nos juristes en étaient informés, on pourrait peut-être viser une issue positive.

Mais aussi longtemps que le gorille restera invisible, il continuera de grandir, sans surveillance digne de ce nom, sans réelle socialisation, pour ainsi dire à l’état sauvage. Pour l’instant, dans nos pays, le gorille est encore relativement petit, jeune – les communautés musulmanes ne sont pas majoritaires, ou seulement très localement. Mais si elles le deviennent un jour, alors tout le monde verra soudain un énorme gorille, que personne ne pourra plus ignorer et à qui trop de gens obéiront quasiment instinctivement pour autoriser une réelle discussion.

Ne vaut-il pas mieux tenter de mâter le gorille alors qu’il est encore petit? Intervenir là où les principaux automatismes cérébraux se créent, dans la répétition pluriquotidienne de ce qui ressemble furieusement à une malédiction? Ne vaut-il pas mieux envisager d’exclure le culte à la base, alors qu’il reste pratiqué par une minorité parmi la minorité musulmane? Ne serait-ce pas là une précaution minimale, et tout bien considéré relativement aisément défendable? Ne vaudrait-il pas mieux, en somme, attirer activement l’attention du public sur le gorille?

Source : Précaution

 

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