La Suisse ne participera pas à la répartition des «migrants économiques»

Karin Keller-Sutter refuse de s’associer à l’accord de répartition dans l’UE des migrants débarqués à Malte et en Italie, ainsi qu’elle l’a expliqué mardi à ses homologues réunis à Luxembourg.

La Suisse s’est toujours montrée solidaire en matière migratoire avec ses voisins européens mais elle a cette fois de vrais doutes sur l’accord de Malte concocté le 23 septembre par cinq ministres de l’Intérieur de l’Union européenne (UE) pour répartir les migrants débarqués dans les ports italiens et maltais.

C’est le message que la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter a transmis mardi à Luxembourg à ses homologues des 28, alors que la Suisse était invitée à y prendre part à titre volontaire.

«Ce qui est prévu ici n’est pas vraiment convaincant», a expliqué la conseillère fédérale au sujet du mécanisme amorcé par Paris et Berlin pour donner un coup de pouce politique au nouveau gouvernement italien après l’épisode Salvini.

Premier grand reproche: ce mécanisme «temporaire» de débarquement vise à répartir tous les migrants secourus en mer, même ceux qui ont peu de chances a priori de recevoir l’asile. Même ces personnes n’ayant pas de justification solide pour prétendre à l’asile «seraient distribuées entre les Etats membres», a-t-elle relevé.

C’est une crainte que Berne n’est pas seul à avoir: d’autres Etats membres ont fait savoir mardi qu’ils ne souhaitaient pas que se créent un «corridor» d’arrivées et un appel d’air pour encourager l’activité des passeurs.

«La situation en Grèce plus urgente»

La ministre suisse pense aussi qu’il n’y a aujourd’hui pas de crise en Méditerranée centrale et que l’attention devrait plutôt se reporter sur la Grèce, qui croule à nouveau sous les arrivées depuis la Turquie.

La discussion des ministres à Luxembourg a d’ailleurs été traversée par cette inquiétude, certains d’entre eux ayant observé que les Turcs laissent aujourd’hui passer tous les migrants.

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Sur les 77 400 migrants irréguliers dans toute l’Europe en 2019, la Grèce en a reçu 45 600, avec des pics d’arrivées depuis cet été, selon le Haut-Commissariat des Nation unies pour les réfugiés.

Pour l’heure, la Suisse ne va donc pas s’engager dans cet accord de Malte, qui n’a d’ailleurs pas eu beaucoup plus de succès auprès des autres pays de l’UE.

Trois pays sont même publiquement sortis de leur silence: la Grèce, Chypre et la Bulgarie, qui ont demandé à faire eux aussi l’objet d’une attention accrue de la part de leurs collègues, attention largement détournée vers Rome ces derniers mois.

Vu de Suisse, cet accord de Malte n’est pourtant pas entièrement à jeter, car il pourrait finir par aider à relancer les discussions plus globales sur la réforme du régime d’asile, notamment le fameux règlement dit de Dublin, estime la ministre.

Proposition d’aide à l’Italie

Mais pour l’heure, Berne préfère se concentrer sur d’autres types d’aide: la conseillère fédérale se rendra à Rome ce week-end et verra la ministre italienne Luciana Lamorgese en marge de la canonisation de la Fribourgeoise Marguerite Bays.

Une proposition d’aide sera faite, même si la conseillère ne souhaitait pas mardi en dévoiler les détails.

Mardi, Karin Keller-Sutter a aussi invité le ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seehofer, à venir en Suisse, ce qu’il a accepté et fera si possible cette année.

Source : Le Temps

 

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