« Djihadistes français, la part du monstre » – Documentaire

Temps de lecture : 4 minutes

Le réalisateur Kamal Redouani nous livre un document exceptionnel sur le parcours, la vie quotidienne, les exactions de ces Français et de leurs familles, sous le califat.

 

Le documentaire complet disponible en cliquant ICI

Depuis la proclamation de l’Etat Islamique, le 29 juin 2014, plusieurs centaines de Français ont rejoint la Syrie pour combattre au sein de Daech. Alors que les fumées des combats n’étaient pas encore tout à fait dissipées, le réalisateur Kamal Redouani s’est rendu sur place pour documenter leurs crimes de guerres : « il y a urgence car sans preuves, il n’y a pas de justice », déclare-t-il en préambule.

Après douze mois d’enquête, de Raqqa au camp d’Al-Hol, de Deir ez-Zor à Baghouz, en passant par la ville balnéaire de Tabka, il nous livre un document exceptionnel sur le parcours, la vie quotidienne, les exactions de ces citoyens et de leurs familles, sous le califat. « Un travail de vérité » remarquable qui fait suite à « Daech, dans le cerveau du monstre » qui nous plongeait au cœur de l’idéologie barbare mise en place par l’État islamique en Libye.

Retour sur les lieux

Grâce à un indicateur issu des services de renseignements européens, le grand reporter a obtenu les coordonnées GPS des lieux de vie de djihadistes en Syrie. 1700 Français auraient habité à Raqqa, ex-capitale autoproclamée du califat, de 2013 à 2019.

Avec la plus grande prudence, pour éviter les mines éventuelles, Kamal Redouani nous emmène dans les ruines de cette ville détruite à 80 %. Au sous-sol d’un bâtiment, il trouve casques, câbles et mousse d’isolation : c’est le « studio » d’Al-Bayan, la radio officielle de l’Etat Islamique, d’où Fabien Clain aurait revendiqué les attentats du 13 novembre 2015.


Le réalisateur exhume alors des enregistrements de flashs infos en français relatant les exploits contre « les apostats » qui prouvent la participation active à la propagande de djihadistes venus de l’Hexagone . Avec lui, on se rend dans un quartier huppé où ont vécu les occidentaux qui réquisitionnaient les plus belles habitations. D’autres avaient élu domicile loin des combats, dans la station balnéaire de Tabka.

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Sur place, les habitants confient comment ces djihadistes en goguette vivaient, sur le dos de la population, « de petites magouilles et de passe-droits, tels une force d’occupation ». A Raqqa, la maison des femmes où célibataires, veuves ou répudiées étaient confinées, a accueilli des dizaines de ressortissantes de toutes nationalités. Cinq Françaises y ont séjourné de façon certaine, en attendant d’être mariées…

Dans la prison de Raqqa, Kamal Redouani revient aussi sur les traces du Français Abou Sofiane qui l’a dirigée. Un témoin raconte les tortures qu’il lui a infligées…

« Djihadistes français – la part du monstre » (Capa Presse)

Des témoignages recoupés

Kamal Redouani a recueilli le témoignage d’un ancien passeur qui a permis le transfert d’Istanbul en Syrie de 124 Français, via un tunnel de trois kilomètres à la frontière. Les confidences de celui-ci font écho à celles de deux Belges, épouses de djihadistes morts au combat.

Elles vivent aujourd’hui dans le camp d’Al-Hol avec leurs enfants et racontent leurs sept mois dans l’enfer de Baghouz alors que l’Etat Islamique livrait son dernier combat. L’une d’elles a perdu deux enfants. Minimisant leur rôle, elles souhaiteraient être rapatriées, ne comprennent pas qu’on les considère comme des terroristes.

Pourtant, elles continuent d’affirmer que cela leur a « appris la vie » et parlent de « la bonne cause »… Hamza, djihadiste belge, qui s’est rendu et se trouve dans une prison kurde, voudrait lui aussi rentrer dans son pays mais conçoit que l’opinion publique n’y soit pas favorable.

Via les confidences d’un hacker anglais qui appartenait à l’Unité d’or et contrôlait les comptes de tous les djihadistes – gmail, facebook, instagram … – le documentaire met en lumière un vaste système d’espionnage interne.

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Parallèlement, Kamal Redouani donne la parole aux habitants qui ont vécu aux côtés des djihadistes européens : une sage-femme, rare personne à avoir pénétré dans leur intimité; un habitant à Deir ez-Zor dont la maison a été réquisitionnée ; une Syrienne mariée de force à un Toulousain qui la battait de 400 coups de câble au moindre prétexte…

Des documents et images inédites

Le réalisateur a, par ailleurs, eu accès à des archives exceptionnelles, internes au califat. Il le doit, pour partie, au Syrien Nihad. Depuis 4 ans, l’homme qui a vu son neveu décapité par un Français, collecte, au péril de sa vie, toutes les preuves de l’implication des combattants occidentaux.

Le documentaire nous montre le document de trente pages que ces derniers remplissaient à leur arrivée. Ou encore, une vidéo de la formation militaire qu’ils suivaient pendant sept mois.

Des vidéos, retrouvées sur les djihadistes, relatent aussi les exactions perpétrées par des combattants en déroute. On y voit un émir blessé, abandonné par ses hommes alors qu’il les supplie de ne pas le laisser, des enfants armés et des prisonniers dont la dépouille est traînée sur le sol…


Hélène Riffaudeau

Source: L’Obs

 

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