Italie : trois questions sur les « Sardines », ce mouvement anti-Salvini

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Des dizaines de milliers de personnes, et des affiches présentant des… sardines.

C’est ainsi que se désignent les manifestants qui se rassemblent depuis la mi-novembre dans plusieurs villes en Italie, pour contrer, selon eux, les idées extrémistes.


Dans leur viseur : le parti d’extrême-droite de la Ligue. Son leader, Matteo Salvini, a beau avoir quitté le pouvoir fin août dernier, il mène activement campagne à l’occasion des élections régionales. Celles-ci se déroulent actuellement et les semaines à venir un peu partout en Italie.

C’est pour empêcher un possible retour de Salvini au gouvernement et son parti de prendre la tête de grosses collectivités que les « sardines » se sont mobilisés.

D’où est né ce mouvement ?

Le point de départ a été la victoire écrasante, fin octobre en Ombrie, de la Ligue. Voir l’extrême-droite à la tête de cette région du centre du pays est d’autant plus fort symboliquement que l’Ombrie était historiquement une terre dirigée par la gauche. « Avec la Toscane et l’Emilio-Romagne, ce sont les trois régions traditionnellement rouges de l’Italie », insiste Alberto Toscano, journaliste italien.

Dans la même période, une sénatrice ayant survécu à la Shoah, Liliana Segre, a été la cible de très violentes attaques antisémites, notamment sur Internet. Au point d’être placée sous protection policière le 7 novembre, et ce jusqu’à sa mort, a rapporté la Repubblica.

« C’est une très grande figure en Italie, et les attaques contre elle ont continué à se répandre. C’est la première fois que la police protège une personne dans un dossier qui n’a rien à avoir avec la mafia », souligne l’historienne Ludmila Acone, spécialiste de l’Italie.

Dans la foulée, quatre jeunes Italiens ont appelé à se rassembler à Bologne, le 14 novembre. Pour l’occasion, ils ont lancé un groupe Facebook, baptisé « 6 000 sardines » et suivi ce 2 décembre par plus de 230 000 personnes.

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6 000 fait référence à l’affluence de la place Piazza Maggiore à Bologne (5 500 personnes), qu’ils appelaient à dépasser lors d’une manifestation. Et ils se sont appelés « sardines » en référence au fait qu’ils voulaient se rassembler soudés et serrés. La sardine est aussi « un poisson humble et symbole de l’Italie populaire et travailleuse », note Alberto Toscano.

Dans leur manifeste mis en ligne, les fondateurs des « sardines » interpellent directement leurs « chers populistes » :

« Vous l’avez compris. La fête est finie. ». « Pendant des années, vous avez attisé la haine entre nous et de nos concitoyens, vous avez combiné vérité et mensonges, représentant le monde de la manière qui vous convenait le mieux », assène le texte, ajoutant que « pendant trop longtemps, nous vous avons laissé faire ».

Comment se manifeste-t-il ?

Sur Facebook, les organisateurs du mouvement appellent à se rassembler notamment dans les villes où Salvini prévoit de tenir meeting le même jour. Cela a débuté par Bologne, le 16 novembre, puis Palerme le 22 novembre, Florence ce samedi et Milan ce dimanche, parmi beaucoup d’autres.

À chaque fois, plusieurs milliers voire dizaines de milliers d’habitants sont descendus dans les rues. À Florence ce samedi, ils étaient par exemple 40 000 selon les organisateurs, et 10 000 selon la police. « Une très grande fête de joie, de sérénité et de liberté ! », s’est exclamée une participante sur Facebook. Un autre internaute, absent, s’est dit « avec vous avec le cœur car j’ai compris la gravité du moment et à quel point votre action est importante ».

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Une manifestante place de la République, à Florence, samedi 30 novembre/AFP/Filippo Monteforte

Beaucoup de ces Italiens sont étudiants, ou de jeunes parents qui viennent avec leurs enfants. Ils se revendiquent apolitiques, et excluent toute personne affichant le symbole d’un parti. « Sortez les politiciens de ces manifestations ! Ils ne doivent pas nous infiltrer ou contaminer les places » lit-on dans un commentaire sur Facebook.

Plusieurs vidéos les montrent entonner le célèbre « Bella Ciao ». Ce morceau, avant d’être popularisé dans le monde entier par la série à succès « La Casa de Papel », est historiquement un hymne partisan de la résistance italienne et de l’anti-fascisme.

[…]
Quel peut être son avenir ?

Rien ne dit que le mouvement tiendra sur la durée et qu’il réussira agréger tous les anti-Salvini. « Il a été lancé par des trentenaires plutôt éduqués. Est-ce que les ouvriers dans des secteurs en difficultés, les jeunes précaires, ou les retraités vont les rejoindre ? C’est trop tôt pour savoir », conclut Ludmila Acone.

Source: Le Parisien

Crédit photo: AFP/Filippo Monteforte

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