Drogue, esclavage et rites «juju» : comment la mafia nigériane opère en Italie

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La mafia nigériane mise en échec.

Dans le cadre d’une opération internationale de la police italienne,  des dizaines de personnes ont été arrêtées en Italie mais aussi en Allemagne, France, Hollande et à Malte.

Deux organisations mafieuses à matrice nigériane sont accusées d’association de malfaiteurs, de traite et réduction en esclavage, d’extorsion, de braquage, coups et blessures, violences sexuelles et proxénétisme.

Des dizaines d’arrestations et de perquisitions sont en cours dans les Pouilles, en Sicile, Campanie, Calabre, dans le Latium, les Abruzzes, les Marches, en Emilie-Romagne et en Vénétie, sur ordre du ministère public de Bari […].

La mafia nigériane est une mafia « tribale et impitoyable, dont les dynamiques internes sont difficiles à définir», et qui s’est diffusée progressivement sur tout le territoire national, du nord au sud, jusqu’en Sicile, où elle a trouvé son espace propre, « malgré la place importante qu’occupe la Cosa Nostra

C’est ainsi que la Direction du pôle antimafia décrit le crime organisé nigérian, capable de croître et de s’imposer en quelques années comme, d’après de nombreux enquêteurs, la plus violente et la plus dangereuse de mafias étrangères présentes dans notre pays.

Une organisation «unitaire et pyramidale» impliquée dans des crimes graves: trafic international et distribution de substances stupéfiantes, extorsion notamment aux dépens de citoyens africains investis dans des activités commerciales, organisation et exploitation de la prostitution, aide à l’immigration clandestine, falsification de documents, contrefaçon, traite d’êtres humains et réduction en esclavage, arnaques et fraude informatiques.

Historiquement, la présence de la communauté nigériane remonte aux années 80 dans le nord de l’Italie, essentiellement dans le Piémont (surtout à Turin), en Lombardie, Vénétie et Emilie Romagne. La première arrestation d’un narcotrafiquant nigérian date de 1987. Au début des années 90, les premières bandes organisées atteignent le centre-sud […].

Souvent clandestins, les citoyens nigérians sont aujourd’hui présents «sur tout le territoire national, avec une importante présente sur les îles principales, notamment à Palerme et à Cagliari.»

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Toujours plus intégrées au tissu criminel local, ils se sont spécialisés dans divers secteurs et ont adopté «des modes opératoires typiquement mafieux.» D’après le pôle antimafia, ils représentent «une menace criminelle très élevée.»

Violence et ésotérisme

Les organisations criminelles nigérianes sont les filles d’une véritable dégénérescence des confréries (cults) fondées, sur le modèle américain, dans les universités de la région du Delta du Niger depuis les années 50 du siècle dernier: nées pour véhiculer un message de paix et de respect, elles sortirent vite du monde étudiant, réussissant, très rapidement et grâce à l’usage de la violence, à infiltrer le monde économique, politique et social.

En Italie, on a vu émerger […] des cellules des structures appelées «The Black Axe Confraternity» [la confraternité de la hache noire] et «The Supreme Eye Confraternity» [la confraternité de l’œil suprême], qui «ont des ramifications internationales et», comme l’expliquent les analystes de la Direction du pôle antimafia, «qui se caractérisent par une forte composante ésotérique.»

Elles ont fréquemment recours à des «rites initiatiques appelés Juju, très proches du vaudou et de la macumba, typiques de la culture yoruba, invariablement présents au Nigeria, dans la phase du recrutement des victimes : rites fonctionnels à la ‘fidélisation’ des compatriotes, qui une fois arrivés en Italie, sont destinées à la prostitution».

Les filles sont contraintes à payer le prix à une «maman» de référence, entre autres pour l’usage d’un emplacement de prostitution, appelé joint dans leur jargon. Les recettes permettent aux différents groupes d’«amortir» rapidement leur investissement et de réinvestir le capital, notamment dans un renouvellement continu des filles.

La traite des êtres humains à des fins de prostitution – souvent liée à la contrefaçon de documents, nécessaires pour entrer dans le pays – est une source fondamentale de revenus et de financement pour la criminalité nigériane.

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On peut désormais parler d’une «méthodologie éprouvée qui implique toute la chaîne liée à l’exploitation de la prostitution, y compris la prostitution juvénile, qui tend à être gérée dans différents contextes territoriaux, en essayant d’éviter tout conflit avec la criminalité locale, en particulier la mafia» .

Les victimes d’exploitation sont systématiquement la cible de menaces et de violences, et le même traitement est réservé aux membres de la famille au Nigeria.

Le milieu de la traite est étroitement lié à celui de la drogue : la criminalité nigériane semble utiliser opportunément les mêmes canaux et les mêmes structures pour les différents «services» criminels, agissant, depuis longtemps déjà, comme fournisseur, intermédiaire et organisateur du trafic de drogue aussi dans de nombreux autres pays européens et extraeuropéens.

La criminalité nigériane utilise une technique de transport particulière, dite «en grappe» ou «en pluie», qui implique un grand nombre de passeurs chargés de transporter des quantités relativement faibles de stupéfiants : ceux-ci […] empruntent des voies d’entrée différentes, aériennes, maritimes et terrestres, même par bus privés directs vers l’Europe du Nord : toute arrestation éventuelle d’un nouveau passeur permet ainsi à l’organisation de limiter autant que possible les pertes.

La Cour de cassation elle-même n’a pas manqué de souligner à plusieurs reprises les caractéristiques typiques de ce qui a été qualifié judiciairement de «mafia nigériane» : […] le pouvoir d’intimidation, le contrôle de parties du territoire et la réalisation de profits illicites.

Tout cela, ajouté à une «composante mystico-religieuse», à des «codes de conduite ancestraux» et à un «usage aveugle de la violence», qui, dans de nombreux cas, a même impressionné la mafia italienne elle-même.

Traduction: CDM

Source: agi.it 

 

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