Slate.fr : renvoyer les demandeurs d’asile chez eux est une erreur

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Rapatrier les réfugiés dans des pays dangereux contrevient au droit international et alimente les conflits, l’instabilité et les crises. Il existe de meilleures alternatives, argumente Stephanie Schwartz, sur Slate.fr.

La rengaine rebattue selon laquelle le monde assiste à une crise des réfugiés sans précédent dans l’histoire est à la fois trompeuse et dangereuse. Certes, le nombre total de réfugiés a quasiment doublé ces dix dernières années, mais s’il existe une crise aujourd’hui, c’est une crise du retour.

Bien que le principe du non-refoulement (l’interdiction de renvoyer des demandeurs d’asile dans un pays où leur vie ou leur liberté est menacée) soit considéré comme l’une des normes les plus fermes du droit international, les gouvernements de toute la planète se donnent beaucoup de mal pour renvoyer les réfugiés chez eux.

Plusieurs, comme celui des États-Unis, bafouent ouvertement ce principe de non-refoulement en envisageant de replonger des demandeurs d’asile venus d’Amérique centrale directement dans la violence qu’ils fuyaient.

L’un des principaux objectifs de l’invasion de la Syrie par le président turc Recep Tayyip Erdoğan en octobre 2019 était de mettre la main sur des territoires où envoyer les millions de Syriens cherchant actuellement refuge sur le sol turc.

D’autres pays, comme l’Allemagne et le Liban, ont adopté des approches plus subtiles et proposé de payer les réfugiés qui acceptent de repartir en Syrie ou leur ont simplement rendu la vie si épouvantable que nombre d’entre eux ont l’impression de n’avoir d’autre choix que de retourner d’où ils viennent.

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Nouvelles sources de conflit

Compte tenu de ce que certains États sont prêts à faire pour contraindre les réfugiés à rentrer chez eux, on pourrait aisément et fallacieusement être amené à penser que renvoyer les demandeurs d’asile dans leur pays d’origine est la solution au problème des déplacements de masse.

D’ailleurs, le rapatriement librement consenti est l’une des «trois solutions durables» approuvées par les Nations unies, et protéger ce droit au retour volontaire est essentiel. Cependant, le rapatriement des réfugiés est de nos jours rarement consenti ou durable.

En renvoyant des réfugiés en Syrie, par exemple, non seulement Erdoğan les mettrait en danger, mais le processus de rapatriement lui-même pourrait créer de nouvelles sources de conflit.

L’hostilité entre des gens qui restent chez eux pendant une guerre civile et ceux qui partent pour revenir plus tard est courante dans de nombreuses sociétés post-conflit; c’est ce qui s’est produit en Irak, au Salvador et ailleurs.

Prenez le cas de l’Irak. Entre 2008 et 2009, le gouvernement irakien a activement encouragé les personnes déplacées à l’intérieur du pays et les réfugiés exilés à rentrer chez eux. Or, beaucoup de ceux qui l’ont fait se sont retrouvés confrontés à une réaction violente au sein de leur communauté et ont été forcés de fuir à nouveau.

Dans les années 1990, le rapatriement contraint de Salvadoriens qui vivaient aux États-Unis a mené à la création des gangs transnationaux que des milliers de personnes fuient aujourd’hui.

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Il est crucial que les responsables politiques comprennent les raisons de ce phénomène s’ils veulent trouver de vraies solutions pour les réfugiés.

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Stephanie Schwartz

Traduit par Bérengère Viennot

Source: Slate.fr

Crédit photo: Tchandrou Nitanga / AFP

 

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