Ce qui nous est dissimulé sur le Venezuela – un parallèle avec la Turquie

Temps de lecture : 10 minutes
Qu’est-ce qui se cache derrière la lutte de pouvoir avec le président vénézuélien Maduro et quelles sont les véritables raisons pour lesquelles Maduro devrait être démis de ses fonctions par tous les moyens ?

La chaîne YouTube Studio Berlin s’est penchée sur ces questions dans une vidéo de 15 minutes intitulée « Ce qui nous est dissimulé sur le Venezuela – un parallèle avec la Turquie ».

Le film n’a pas pour but d’évaluer le président Nicolás Maduro ou le président turc Erdoğan. Ceux-ci peuvent également être considérés d’un œil critique. Mais le but est de montrer les fils rouges derrière les tentatives de coups d’Etat qui sont contrôlées de l’extérieur.

 

Les Etats-Unis planifient-t-ils un coup d’Etat militaire contre le Venezuela ? Le Venezuela sera-t-il le prochain Irak ou la prochaine Libye ?

À la suite d’une réunion avec le conseiller du président Trump pour la sécurité, John Bolton, le sénateur américain Marco Rubio a également appelé à une intervention militaire au Venezuela. Pourquoi les Etats-Unis sont-ils si intéressés à s’impliquer au Venezuela ? Quelle en est la raison ?

Il s’agit de rétablir la démocratie au Venezuela, a déclaré le sénateur américain. Quand les Américains parlent de rétablir la démocratie dans un autre pays, il faut écouter très attentivement, car ce n’est généralement pas bon pour ces pays.

Le Venezuela – un allié de la Turquie qui entretient des contacts étroits avec la Russie – devient la cible des intérêts de pouvoir insatiables des Etats-Unis. Pourquoi ?

Comme toujours, les médias du mainstream cachent le vrai contexte

Un coup d’œil sur cette carte nous donne un indice sur les véritables intentions des Etats-Unis. Le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole au monde.

Lire aussi

 Venezuela : les médias occidentaux poussent à la guerre

Cela éveille l’appétit du géant militaire américain. Il y a quelques années seulement, en 2010, des réserves pétrolières supplémentaires ont été découvertes au Venezuela. En un an, la part des réserves de pétrole enregistrées a augmenté de plus de 40 % pour atteindre 296,5 milliards de barils de réserves.

Ainsi, le Venezuela est monté à la première place mondiale et a même dépassé l’Arabie Saoudite. Les sanctions, les mesures punitives des États-Unis et de l’UE, les attaques ciblées des cartels financiers contre les faiblesses de l’économie du pays ont conduit à une hyperinflation.

Une tentative de coup d’État soutenue par la CIA et une tentative d’assassinat contre le président Maduro ont pu être neutralisées avec succès. Les troubles dans le pays, qui ont été dirigés depuis l’étranger, n’ont pas non plus aboutis.

Une intervention militaire pour obtenir une décision en faveur des Etats-Unis ?

Le Venezuela était autrefois l’un des pays les plus riches du monde. En conséquence de la crise créée, la population lutte actuellement contre la faim. Les soins médicaux de base sont également menacés en ce moment.

Le fait que l’économie du Venezuela n’est pas diversifiée et qu’elle vit principalement des exportations de pétrole la rend plus vulnérable aux puissances étrangères.

A l’époque lorsque le Venezuela a connu les gouvernements militaires, c’était le bon vieux temps, les États-Unis ne s’en sont pas du tout occupés. Cela ne les dérangeait pas du tout que le pays ne soit pas gouverné démocratiquement. Au contraire. C’est pendant cette période de régime militaire antidémocratique que les États-Unis ont eu les meilleures relations avec le Venezuela.

Les États-Unis étaient le principal partenaire commercial du Venezuela. Pendant des années, les États-Unis ont pu acheter du pétrole brut vénézuélien à des conditions très favorables. La dictature militaire ne les a pas dérangés du tout tant qu’ils recevaient ce qu’ils voulaient : Accès au pétrole et contrôle de celui-ci.

Cependant les choses ont changé au plus tard en 1999, lorsqu’Hugo Chávez est arrivé au pouvoir. Il voulait que son propre peuple profite aussi de cette richesse et pas seulement les compagnies pétrolières étrangères. Car bien que le Venezuela soit à cette époque le quatrième plus grand fournisseur de pétrole au monde, la plupart des habitants du pays ne bénéficiaient pas de cette richesse des ressources.

Après son entrée en fonction, Hugo Chávez a adopté un plébiscite sur une nouvelle constitution. Dès lors, la richesse du pays devait profiter aux citoyens et non à une minorité extrêmement riche et à des magnats étrangers. Il voulait améliorer l’éducation. Il a également mis sur pied une émission de télévision hebdomadaire afin que les citoyens puissent l’appeler pour lui poser des questions et lui suggérer des améliorations.

Une grande partie des recettes pétrolières a été utilisée pour des programmes sociaux. L’argent était distribué aux pauvres. L’État a fourni de généreuses subventions pour la nourriture, le logement, l’eau, l’électricité et les frais de téléphone.

Le ravitaillement en carburant était pratiquement gratuit. Habituellement, le pourboire du pompiste était plus élevé que le coût du remplissage du réservoir lui-même. Néanmoins, dès le début, les médias privés, soutenus par la riche classe supérieure, se sont précipités contre le nouveau président.

Le Venezuela avait toujours fourni du pétrole bon marché aux États-Unis. Maintenant c’était fini, Hugo Chávez a repris les compagnies pétrolières de son pays et a augmenté les prix. Ainsi, les États-Unis ne pouvaient plus se procurer du pétrole bon marché, comme ils l’avaient fait toutes ces années.

Pour y parvenir, Chavez a dû priver de tout leur pouvoir les classes supérieures, qui considéraient les entreprises publiques comme une propriété privée. En février 2002, il a annoncé qu’il congédierait les conseils d’administration des compagnies pétrolières d’État et les remplacerait par son propre personnel.

Suite à cela il a été comparé dans les médias privés à Mussolini et à Hitler. L’élite ne voulait pas que ces plans-là se réalisent. Les deux principales voix de l’opposition, Pedro Carmona, président de la plus grande fédération d’entreprises du Venezuela et le dirigeant syndical Carlos Ortega, fortement liés à la classe supérieure, se sont rendus à Washington. Ils y ont rencontré l’administration Bush pour discuter d’Hugo Chávez avec elle.

Après la réunion, les médias privés vénézuéliens ont rapporté que le gouvernement américain et la CIA étaient très préoccupés par la situation politique dans le pays. En effet, quelques semaines seulement après cette rencontre, après un mandat de trois ans, le président vénézuélien Hugo Chávez a été démis de son pouvoir par un coup d’État militaire dirigé par la CIA.

Pedro Carmona, l’homme qui s’était entretenu avec le président George Bush, a prêté serment comme nouveau président et a annoncé qu’Hugo Chávez avait démissionné volontairement. Toutefois, les putschistes avaient apparemment énormément sous-estimé la popularité d’Hugo Chávez. Il y a eu des manifestations violentes et des émeutes, particulièrement dans les bidonvilles.

Des milliers de personnes sont descendues dans les rues. Les heurts avec la police ont fait de nombreux morts. Comme lors de la tentative de coup d’État en Turquie, le peuple vénézuélien a farouchement résisté à ce coup d’État. Plus d’un million de personnes en colère sont descendues dans la rue, malgré l’interdiction de la police et ont pris d’assaut le bâtiment gouvernemental.

Carmona et quelques-uns de ses partisans ont réussi à s’échapper du bâtiment, après avoir pillé les coffres forts. Hugo Chávez a repris ses fonctions et a déclaré que son peuple avait écrit l’histoire. La tentative de coup d’État avait échoué.

Le président putschiste Carmona s’est enfui aux Etats-Unis via la Colombie et vit aujourd’hui à Miami. Le 21 avril 2002 le Guardian a rapporté que le gouvernement américain savait non seulement qu’un coup d’État allait avoir lieu, mais qu’il l’avait même soutenu activement. Elliott Abrams était l’un des plus importants tireurs de ficelles de la Maison-Blanche. Il a été directeur de la sécurité nationale pour la démocratie, les droits de l’homme et les opérations internationales.

Cette autorité avait joué un rôle déterminant dans le coup d’État au Chili en 1973 et avait soutenu des régimes et des escadrons de la mort en Argentine, au Salvador, au Honduras, au Guatemala et dans d’autres États. Hugo Chávez est décédé d’un cancer en 2013

A l’époque où Hugo Chávez est arrivé au pouvoir, l’État prenait 50 % des profits de la production pétrolière, au moment de son décès en 2013, ce pourcentage était passé à 90 % – l’un des plus élevés au monde. Après sa mort, l’actuel président Maduro a pris ses fonctions.

En mai de cette année, une tentative de coup d’État a également eu lieu contre lui, mais elle a été déjouée à temps. Il y a quelques semaines à peine, lors d’un défilé militaire, on a même voulu assassiner le président Maduro, mais l’attaque a échoué.

La télévision a montré des images de gardes du corps essayant frénétiquement de protéger le chef de l’Etat avec des tapis pare-balles alors que des centaines de soldats fuyaient la place pour s’abriter. Les assassins ont tenté d’assassiner le président au moyen de deux drones équipés d’explosif. Les drones ont explosé à proximité du président.

A ce stade, j’aimerais ouvrir une parenthèse. Un autre aspect intéressant est que les médias du mainstream ont dès le début remis en question ou minimisé cette tentative d’assassinat. Certains ont même parlé d’une mise en scène. Si l’assassinat avait réussi, les assassins auraient pu être fêtés en héros.

Les médias du mainstream ont fait de même avec la tentative de coup d’Etat en Turquie. La tentative de coup d’État a été qualifiée d’amateurisme, et ils sont même allés jusqu’à accuser le gouvernement lui-même de cette tentative.

Toutefois, si le coup d’État avait été couronné de succès, les médias du mainstream auraient probablement fêté les putschistes comme sauveurs de la démocratie. Il est donc intéressant de constater que les mêmes schémas de comportement peuvent être observés de manière récurrente, quel que soit le pays dont il s’agit.

Revenons à la tentative d’assassinat de Maduro. Bien entendu, les États-Unis ont immédiatement nié avoir quoi que ce soit à voir avec cette tentative d’assassinat. Cependant, personne ne s’attendait à ce que les Etats-Unis et la CIA l’admettent ouvertement… ou bien si ?

Quelques mois plus tôt, le directeur de la CIA, Mike Pompeo avait annoncé lors d’un forum sur la sécurité dans l’État américain du Colorado, qu’on espérait vivement qu’il y aurait bientôt un changement de gouvernement au Venezuela. Le directeur de la CIA, Mike Pompeo, avait déjà tenu des propos à ce sujet en Colombie et au Mexique.

Le but : (citation) « Ils savent ce qu’ils devraient faire ».

Le directeur de la CIA a poursuivi en disant (citation) :

« Chaque fois qu’il s’agit d’un pays aussi grand et économiquement capable que le Venezuela, l’Amérique a tout intérêt à ce qu’il soit aussi stable et démocratique que possible. C’est pourquoi nous y travaillons dur. ».

Qu’est-ce que cela veut dire? Cela signifie que la CIA n’a aucun scrupule à annoncer à l’avance les attaques et les opérations contre le président vénézuélien. Oui je sais, c’est éhonté. Mais qu’ont-ils à craindre ? Qui s’interroge aujourd’hui sur les machinations illégales des États-Unis et de ses services secrets de la CIA ? Qui ? Ces gens ont une armée de soutien au moyen des médias du mainstream du monde entier.

Lire aussi:  Trump fait ce qu’il promet : les États-Unis n’ont accueilli aucun réfugié au mois d’octobre
Alors, qui va remettre ça en question ?

La pression sur le Venezuela et son président ne cesse d’augmenter et les médias du mainstream, guidés par d’autres intérêts, y contribuent avec leur campagne de diffamation et de désinformation. Leurs démarches contre le Venezuela et son président Maduro sont comparables à celles contre la Turquie. Là aussi, ils sont occupés à travailler sur un changement de régime. En 2013 les troubles orchestrés pendant les manifestations de Gezi, semblables à ceux du Maïdan en Ukraine, n’ont pas apporté en Turquie le succès souhaité.é

Après l’échec de la tentative de coup d’État soutenu par la CIA trois ans plus tard, on tente maintenant, comme Erdoğan l’a dit à juste titre, une guerre économique. Les points faibles de l’économie turque sont utilisés de manière ciblée pour une attaque. Le tout s’accompagne d’une campagne de diffamation et de manipulation de la part des médias du mainstream.

Afin de devenir moins dépendant de l’abus du dollar, le Venezuela a maintenant introduit la monnaie cryptée Petro. Le concept derrière Petro est simple. Le pays émet une monnaie cryptée qui est couverte par la matière première naturelle, le pétrole, se rendant ainsi moins dépendant du dollar. Mais là non plus on ne laisse pas le Venezuela tranquille.

Le président américain Trump a immédiatement interdit l’utilisation de la monnaie cryptographique Petro à l’intérieur des États-Unis. Dans un communiqué officiel, la Maison Blanche annonce que la monnaie cryptée soutenue par l’Etat, le Petro, est considérée comme une sorte d’échappatoire, permettant au président vénézuélien de contourner les sanctions américaines.

En raison de la situation critique, le Venezuela a entre-temps apporté une partie de son or à ses alliés en Turquie. L’or est raffiné en Turquie plutôt qu’en Suisse. Les deux pays sont des amis proches. Le président Maduro est même un grand fan de la série historique turque Dirilis. La série donne un aperçu des années fondatrices de l’empire vieux de 700 ans.

Lors d’une conférence de presse au Kirguizstan, il y a quelques jours, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a également appelé à l’utilisation des monnaies nationales pour le commerce. Lors du Forum économique, la domination du dollar américain dans le commerce mondial a été décrite comme un problème. (Citation) : Erdoğan a dit :

« Il est grand temps de passer aux monnaies nationales. Pas à pas, nous devons supprimer notre dépendance au dollar. ».

Le président turc a également déclaré que la Turquie était actuellement en pourparlers avec la Russie, l’Iran et la Chine au sujet de la conversion du commerce en devises nationales. Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas s’est également exprimé dans un article du journal allemand Handelsblatt en faveur de la réduction de la dépendance financière des Européens vis-à-vis des Américains.

Selon Maas, il est nécessaire de faire contrepoids aux États-Unis. Des développements intéressants et remarquables pour se libérer de la dépendance au dollar. Effectivement quelque chose doit changer. Pendant combien de temps encore, un pays comme les États-Unis devrait-il continuer à mettre d’autres pays sous pression, à attaquer et à exploiter pour des raisons de politique de pouvoir en matière d’énergie ? Qu’est-ce qui peut arrêter la soif de pouvoir des États-Unis ? L’ONU peut-être ? Certainement pas.

L’ONU est devenue un instrument des intérêts américains. Au Conseil de sécurité de l’ONU, les États-Unis n’ont qu’à lever la main et toutes les demandes légitimes des autres pays sont nulles et sans effet. La seule possibilité de mettre fin à la soif de pouvoir des États-Unis est que les autres pays se rassemblent et élèvent ensemble leurs voix.

Si de plus en plus de pays élèvent la voix contre cette injustice, les États-Unis reconsidéreront chaque mesure qu’ils prendront. Car c’est dans l’unité qu’est la force des peuples opprimés et défavorisés. Il est grand temps de fixer des limites à cette injustice.

Nous ne voulons pas que le sang de personnes innocentes coule à cause du pétrole. Ni au Venezuela, ni dans d’autres parties du monde !

Quelle est votre opinion ? Pensez-vous que les États-Unis vont attaquer militairement ? Que va-t-il se passer ? Quelle sera selon vous la prochaine étape ? Écrivez-le dans les commentaires, abonnez-vous à alter INFO pour rester informés.

A bientôt et Joyeux Noël ! déstitué

Kla.TV

Sources / Liens :

https://www.srf.ch/news/international/politische-krise-in-venezuela-trump-ruft-militaer-zur-abkehr-von-maduro-auf
https://www.youtube.com/watch?v=D2x9myLcmC8

 

Ceci est mon bloc de texte après le contenu de mon article.

En savoir plus

Plus de partages

2 pensées sur “Ce qui nous est dissimulé sur le Venezuela – un parallèle avec la Turquie

  • 20 décembre 2019 à 18 h 18 min
    Permalink

    Vous n’êtes pas logiques : vous dites en début d’article que lorsque le Venezuela était sous dictature militaire les USA faisaient leurs choux gras. Vers la fin vous dites que les USA ont intérêt à ce que le Venezuela soit en démocratie !

    Dans les deux cas, la population a souffert : sous le régime militaire, probablement, mais peut-être plus encore après que Chàvez ait généreusement distribué/dépensé tout l’argent, après que Carmona ait vidé les coffres et après une période, donc, moins sévère et plus opulente et pour elle sous Chavez.

    A mon avis les USA n’attendent pas après le pétrole vénézuélien et s’ils interviennent dans ce pays, ce sera pour aider une population dont, intuitivement, je n’ose même pas imaginer les affres.

    Répondre
  • 22 décembre 2019 à 16 h 17 min
    Permalink

    Vous êtes dans le vrai, les USA ont fait de l’ancien régime vénézuélien leur vache à lait. Cela dit, ils ont changé de politique quand ils on décidé de s’accaparer leur pétrole. Comme ils l’ont fait dans beaucoup de pays. La contradiction, le paradoxe, l’anti-logisme, font partie de leur stratégie. Bien à vous.

    Répondre

Laisser un commentaire

shares
WP Twitter Auto Publish Powered By : XYZScripts.com