L’Arabie Saoudite arrête de financer les mosquées hors de ses frontières: « Il est temps de les confier à des administrateurs locaux »

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Le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale a annoncé qu’il était temps de confier les mosquées à des conseils d’administration locaux.

C’est une petite révolution dans le monde musulman. Interrogé par Le Matin Dimanche, le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale (LIM), fondée à La Mecque en 1962, Mohammad bin Abdulkarim Al-Issa a annoncé que l’Arabie Saoudite ne financerait plus les lieux de culte à l’étranger.

Cet ancien ministre saoudien de la Justice a expliqué qu’il était temps notamment de «confier la mosquée de Genève à un conseil d’administration suisse, représentatif, avec un président élu».

« Nous voulons un centre de paix qui rayonne »

Cette décision ne devrait pas se limiter à la plus grande mosquée de Suisse.

« Nous allons prendre les mêmes dispositions dans le monde entier. Partout, il y aura un conseil d’administration local, mis en place en coordination avec les autorités nationales. Notamment pour des raisons de sécurité.

Il faut veiller à ce que les mosquées soient placées entre des mains sûres, évidemment. Ensuite, nous n’interviendrons plus », a précisé Mohammad bin Abdulkarim Al-Issa.

Celui qui est aussi président de la Fondation culturelle islamique de Genève (FCIG) avait déjà donné des signes d’ouverture fin 2017, en licenciant quatre employés, dont trois étaient fichés S en France. « Nous voulons un centre de paix qui rayonne. Je suis contre la pensée unique, il faut travailler ensemble, réduire les fossés culturels et respecter les Etats nationaux », a-t-il aussi fait valoir.

Qui va désormais financer les lieux ? 

Cette annonce pose toutefois question, selon Le Point. En effet, comment, du jour au lendemain, toutes les communautés musulmanes, qui n’ont pas été mises au courant avant l’annonce de ce désengagement, vont-elles s’organiser ? Surtout que les autorités locales, notamment la France, pays laïque, n’ont pas forcément voix au chapitre en ce qui concerne la gestion des cultes

« Comment trouver du jour au lendemain des personnes suffisamment compétentes pour gérer une telle mosquée [celle de Genève, ndlr] ? », s’interroge ainsi Hafid Ouardiri, ancien porte-parole de la grande mosquée.

De fait, l’établissement salarie 17 personnes et propose un grand nombre de pôles et d’activités. Qui va donc pouvoir financer les lieux ?

« Certaines mosquées dépendent des cotisations des fidèles et des dons privés. Alors, pourquoi pas celle de Genève ? Il faut diversifier les ressources si on ne veut pas de dépendance », répond Mohammad bin Abdulkarim Al-Issa.

Seulement, le directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen, interrogé par 20 minutes, explique que « plusieurs Etats ont des vues sur la mosquée [et] suivent son évolution, comme le Maroc, la Turquie, la Bosnie ». Pour lui, « si le retrait de la LIM revenait à offrir un cadeau à un autre Etat, ce serait un cadeau empoisonné ».

Source(s): Valeurs Actuelles

Rappel: A la grande mosquée de Genève, des jeunes se préparent au djihad

Un Genevois de 20 ans, converti, a quitté sa cité pour partir en Syrie. Il côtoyait un groupe aux idées extrémistes qui fréquente la mosquée du Petit-Saconnex. Celle-ci se défend de fermer les yeux.

Des bougies consumées, des images de la Vierge posées sur la table du salon, et au centre, la photo d’un garçon mince, à l’allure branchée. Voilà quatre mois que le départ de D., 20 ans, obsède sa famille. Ce Suisse converti à l’islam a quitté au printemps sa cité genevoise pour se rendre en Syrie, avec une autre personne plus âgée, révèle l’enquête de la Tribune de Genève.

Tous deux fréquentaient un groupe de jeunes radicalisés, liés à la mosquée du Petit-Saconnex. Or, nous avons appris que deux de ses trois imams sont fichés en France. Une note confidentielle de la police française datée du 18 août, en notre possession, sonne l’alerte. Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) et la police judiciaire fédérale (PJF) ont lancé des investigations.

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Noyau de jeunes radicalisés

Que s’est-il passé entre les murs immaculés de la plus grande mosquée de Suisse? Là-bas, D. est plus connu sous le nom d’Abdullah. Il côtoyait dans ce lieu de culte un groupe de jeunes en rupture, souffrant de problèmes sociaux ou familiaux, ressassant des idées extrémistes.

Des pratiquants qui les ont remarqués désapprouvent leur comportement, comme ce Genevois de 28 ans: «C’est un noyau de jeunes, discrets et prudents. Ils viennent de Genève et d’Annemasse.» Ils seraient une vingtaine. «Ils sont en perdition. Ils disent qu’il faut faire la hijra, soit l’exode vers un pays musulman.

«C’est une catastrophe…» déplore-t-il. Cela fait du tort à l’islam, regrette un croyant plus âgé. «Dans ce groupe, il y a des Suisses convertis, des Tunisiens, des jeunes issus des Balkans. Ils ne parlent qu’entre eux. C’est difficile de les aborder, remarque-t-il.

On a déjà entendu une de ces personnes dire qu’elle voulait se venger des mécréants, des infidèles. Il y a quelques mois, on les a vus regarder des vidéos de Daech sur leur téléphone, dans la salle de prière. Maintenant, ils communiquent avec leurs copains partis en Syrie, un Suisse de Genève, Abdullah, et un Français ou Tunisien, Ramzi.»

Les deux voyageurs sont restés en contact avec des connaissances. Comme ce Suisse converti: «Tout le monde sait à l’interne de la mosquée qu’ils sont en Syrie! réagit-il. Je savais qu’ils étaient favorables aux idées de l’Etat islamique, mais je ne pensais pas qu’ils partiraient.

Ils m’ont envoyé plusieurs messages il y a un mois, par WhatsApp, Abdullah a évoqué l’idéologie de Daech, le fait que la vérité se trouve davantage là-bas qu’ici. Quelqu’un a reçu des photos de lui, que j’ai vues, où il pose avec le drapeau de l’Etat islamique. Je ne sais pas ce qu’il fait en Syrie. Ramzi lui ne combat pas, il dit qu’il travaille.»

Ce noyau de jeunes radicalisés dispose d’un accès facilité à la mosquée, contrairement à d’autres personnes, qui s’en plaignent. Des réunions se tiennent parfois dans la salle de prière quand elle est vide, ainsi que dans les sous-sols, où se trouve notamment une salle de sport. Celle-ci dispose depuis peu d’une entrée directe depuis l’extérieur. Cette discrétion recherchée suscite beaucoup d’interrogations parmi les fidèles.

La salle de sport relève de la «filière jeune», «projet de soutien à l’orientation et à l’insertion professionnelle pour les jeunes de la communauté musulmane», indique le site Internet de l’institution. Son responsable? Un Français converti, engagé comme imam en 2012, qui se fait appeler A. C’est un pseudonyme.

Des contacts avec Merah

L’homme aux allures d’adolescent, ayant étudié de 2003 à 2009 à Médine (Arabie saoudite), se nomme en fait J.A. Nous avons appris qu’il fait l’objet d’une fiche «S», pour «Sûreté de l’Etat», rédigée par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) en France. Ce qui implique un suivi de son parcours, de ses fréquentations, notamment à travers des contrôles inopinés.

Ouverte en décembre 2012, cette fiche évoque un «individu susceptible d’appartenir à la mouvance islamiste radicale internationale». En clair, J.A. est considéré comme une menace potentielle pour la sécurité de l’Etat français.

Installé aujourd’hui à Ferney-Voltaire, dans le Pays de Gex, le Toulousain apparaît dans le dossier judiciaire de Mohamed Merah, auteur de sept meurtres en mars 2012 commis au nom d’Allah. Tous deux ont été en contact quelques mois avant les tueries.

Le numéro de portable français de J.A. figure au moins à sept reprises dans la liste des appels entrants et sortants du téléphone de Mohamed Merah, emprunté à sa mère, selon un document que nous avons pu consulter. J.A. a conservé des liens avec Toulouse, où il se rend régulièrement.

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Un autre imam, plus âgé, intéresse les services de renseignements de l’Hexagone: le Français F.T. Egalement converti, il a réalisé de longues études coraniques de 1993 à 2008 à Médine, avant d’être engagé à la mosquée du Petit-Saconnex. Il l’a quittée plusieurs mois pour vivre avec sa famille en Jordanie, avant de revenir. Aujourd’hui, il vit également à Ferney-Voltaire.

Les renseignements français tiennent aussi à jour une fiche «S» à son sujet. Son intervention dans l’émission Temps Présent du 30 avril donne un aperçu de sa philosophie. A la question: êtes-vous pour ou contre la lapidation? Il répond «joker». Etes-vous pour ou contre la polygamie? «Joker» aussi.

Des propos qui dérangent bon nombre de musulmans de Genève. Il faut rappeler que la mosquée, gérée par la Fondation culturelle islamique de Genève, applique le rigorisme wahhabite saoudien, sous la tutelle de la Ligue islamique mondiale, depuis sa reprise en main en 2007 (lire ci-dessous).

La mosquée semble agir comme un aimant sur les esprits extrémistes. Un Tunisien connu pour avoir distribué l’an passé des corans sur la place du Molard à Genève, considéré comme une menace pour la sécurité intérieure de la Suisse et expulsé en janvier, avait fait un passage remarqué au 34, chemin Colladon.

«Je l’avais vu porter un T-shirt avec un pistolet dessus. Il parlait souvent avec les jeunes pour les convaincre de faire le djihad», raconte un témoin.

C’est à la même adresse que deux jeunes du nord de la France, A.K. et A.E.M, ont choisi de débarquer en mai, juste avant de prendre l’avion à Cointrin, direction la Turquie. Interceptés, les candidats au djihad ont été renvoyés en Suisse, puis en France. Un juge du pôle antiterrorisme a placé l’un d’eux en prison.

D’autres problèmes sont évoqués par un habitué des lieux, qui se plaint d’un laisser-aller: «Des groupes se rassemblent et donnent des cours sans l’autorisation de la fondation. On ne sait même pas de quoi ils parlent. Les gens entrent ici et font ce qu’ils veulent.»

La mosquée suspectée

La situation devient sérieuse, au point que la France s’y intéresse. La Direction départementale de la police aux frontières (DDPAF) de l’Ain a émis il y a dix jours une note confidentielle de quatre pages. Objet: «Informations concernant des lieux de cultes musulmans de la région genevoise fréquentés par des Français radicalisés susceptibles d’être liés à une filière de recrutement en Suisse.»

Le service a recueilli des éléments confirmant plusieurs points de notre enquête. Comme le départ de D. «En mars 2015, il se serait entraîné dans un camp au sud de la Tunisie. (…) En mai 2015, D. est parti à destination de la Turquie, en compagnie d’un Français, un certain Ramzi, sans autre précision. Courant mai 2015, les intéressés sont passés en Syrie.»

Pour la DDPAF, la mosquée du Petit-Saconnex est au cœur du problème. Elle «jouerait un rôle de premier ordre dans l’organisation d’une filière djihadiste qui recruterait et enverrait de jeunes Français et Suisses en Syrie. Un des personnages clés de la filière serait l’imam A. (…).»

Il est aussi fait mention de A.R., qui «serait «l’instructeur» des jeunes «recrues». Côté suisse, le SRC et l’Office fédéral de la police (fedpol) ne font aucun commentaire.

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Source(s): Sdesouche

 

 

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