Qui bottera le cul d’Erdogan-la-brute?

Temps de lecture : 15 minutes

Michel Garroté  —  Dans le dossier ci-dessous, le lecteur trouvera huit analyses portant sur la politique impérialiste du Calife intégriste Erdogan, y compris sur sa politique impérialiste aux frontières de la Grèce en particulier et donc aussi de l’Union Européenne en général. Voici les titres de ces huit analyses :

1- L’Autriche, la Pologne et Chypre envoient des centaines de policiers à la frontière gréco-turque;

2- Guerre en mer Égée – Les garde-côtes turcs attaquent un garde-côtes grec;

3- Plusieurs pays manifestent leur soutien à la Grèce;

4- Qui bottera le cul de la brute ?;

5- Le vrai projet d’Erdoğan c’est d’islamiser l’Europe;

6- Erdoğan roule les mécaniques contre la Grèce et l’Union européenne;

7- Des envahisseurs;

8- L’État turc, une longue tradition de maître-chanteur.

Pour mémoire, j’avais déjà publié un premier dossier sur Erdogan ici : https://lesobservateurs.ch/2020/02/28/erdogan-le-dangereux-calife-erdogan-doit-etre-stoppe/

1- L’Autriche, la Pologne et Chypre envoient des centaines de policiers à la frontière gréco-turque :

L’Autriche et la Pologne ont accepté d’envoyer des policiers pour aider leurs collègues du nord de la Grèce à tenir la frontière gréco-turque contre l’afflux de dizaines de milliers de migrants incités par Ankara à franchir la frontière pour entrer dans l’Union européenne.

Des sources ont déclaré le 9 mars que la Pologne a déjà accepté d’envoyer 100 policiers dans la région frontalière d’Evros, au nord-est de la Grèce, et qu’elle est prête à en envoyer d’autres si Athènes le demande. Un accord similaire a également été conclu avec le gouvernement autrichien, avec 13 officiers des forces spéciales de police qui devraient arriver à Evros dans les prochains jours.

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, quant à lui, doit s’entretenir mardi à Vienne avec le chancelier autrichien Sebastian Kurz, qui cherche à obtenir le soutien des dirigeants de l’Union européenne. Il était à Berlin lundi, où il s’est entretenu avec la chancelière allemande Angela Merkel. Chypre a également envoyé une assistance sous la forme d’officiers de police.

Par ailleurs, l’Autriche a annoncé le 9 mars, par les voix de la ministre de la Défense Klaudia Tanner et du ministre de l’Intérieur Karl Nehammer, le déploiement potentiel de 2 200 soldats pour assurer la protection de ses frontières. 850 sont déjà sur le terrain actuellement pour surveiller ces zones en question.

Pour Klaudia Tanner, le message est clair : « Nous ne laisserons passer aucun migrant. Nous avons tiré les leçons des erreurs de 2015 ». En outre, environ 4.000 citoyens grecs se sont armés pour repousser les migrants. Des patrouilles de civils se sont ainsi constituées en Thrace pour aider l’armée et la police à verrouiller la frontière gréco-turque.

De son côté, Recep Tayyip Erdogan a affirmé le 10 mars que la Turquie garderait ses frontières avec l’Europe ouvertes pour laisser passer les migrants, jusqu’à ce qu’elle obtienne une réponse «concrète» de l’Union européenne à ses exigences. De plus, faisant état de violations du cessez-le-feu dans le gouvernorat syrien d’Idlib, Recep Tayyip Erdogan a prévenu le 11 mars qu’Ankara pourrait frapper encore « plus fort qu’auparavant ».

2- Guerre en mer Égée – Les garde-côtes turcs attaquent un garde-côtes grec :

Le 11 mars, les garde-côtes turcs ont tout simplement attaqué un navire des garde-côtes grecs en mer Égée. Le correspondant du Bild en Grèce, a posté une vidéo de l’incident, dans laquelle on peut entendre les officiers grecs sur le navire dire : « Ils nous ont percutés par derrière, nous sommes dans les eaux grecques et ils nous ont percutés ».

Erdogan a semblé applaudir la tentative apparemment délibérée d’un navire des garde-côtes turcs de percuter un navire des garde-côtes grecs au large de l’île grecque de Kos. « Ils s’enfuiront et nous les poursuivrons. C’est ainsi que cela se passera désormais », a déclaré Erdogan.

Notons par ailleurs que dans la nuit du 10 au 11 mars, des centaines de migrants essayant de quitter la Turquie et d’entrer en Grèce ont pris d’assaut la barrière frontalière près du poste-frontière de Pazarkule-Kastanies et ils ont lancé des cocktails Molotov sur les forces de sécurité.

3- Plusieurs pays manifestent leur soutien à la Grèce :

Il y a en effet des motifs d’espérer : les soutiens au peuple grec dans sa résistance à la tentative de submersion migratoire organisée par le gouvernement turc sont nombreux. un soutien international s’organise.

Le hashtag #Istandwithgreece sur Twitter rencontre un grand succès et permet à de très nombreux internautes de marquer leur solidarité avec le peuple grec. Des militants identitaires allemands sont venus sur place manifester leur solidarité avec les Grecs. Ils se font agresser par des antifas sur l’île de Lesbos le 7 mars.

Le chef du parti Les Démocrates de Suède est venu distribuer des tracts aux migrants à la frontière : « Ne venez pas chez nous. Nous ne pouvons pas vous donner plus d’argent ou vous fournir un logement. Désolé ».

À Paris, des militants identitaires manifestent le 7 mars leur soutien au peuple grec. Certains sont arrêtés et passent la nuit au poste de police.

À New York le 9 mars, plusieurs centaines d’Américains d’origine grecque manifestent leur soutien à la Grèce. L’organisateur de la manifestation affirme qu’il veut envoyer un message fort et amical aux Grecs qui protègent leurs frontières.

Pour couper court à tout appel d’air qui serait également préjudiciable à la Grèce, le gouvernement hongrois annonce suspendre les demandes d’asile et interdit l’accès à ses centres aux nouveaux requérants.

Le Premier ministre autrichien annonce le déploiement de 2’200 soldats pour assurer la protection des frontières autrichiennes. Le 5 mars, la route des Balkans est fermée. Plusieurs pays manifestent rapidement leur soutien à la Grèce. Le gouvernement estonien propose patrouilleurs et gardes-frontières.

C’est le cas également de plusieurs Pays d’Europe Centrale et Orientale (PECO), qui savent ce qu’est une invasion : la Hongrie, la Pologne qui propose 100 gardes-frontières et 100 policiers, la Slovaquie et la République tchèque. Le Premier ministre autrichien envoie à la frontière gréco-turque plusieurs policiers, l’équivalent du RAID, un drone et un véhicule blindé. Il ne mâche pas ses mots : « Il s’agit d’une agression contre l’Union européenne et la Grèce ».

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán se réjouit le 5 mars au sommet du V4 à Prague que l’UE adopte sa politique de migration. « Nous étions les premiers à prendre des mesures contre l’immigration musulmane ».

Un député européen polonais, Dominik Tarczynski, met en ligne une vidéo explicite à l’attention des clandestins : « Ne venez pas à la frontière polonaise. Si vous avez des problèmes avec nos forces de l’ordre, c’est parce que vous essayez de transgresser les lois de notre pays ».

Le 4 mars, le gouvernement danois propose un soutien au gouvernement grec sous la forme de surveillance aérienne. Le ministre danois des Affaires étrangères affirme que son pays n’acceptera pas une répétition de la situation de 2015. Il y a donc, en effet, des motifs d’espérer.

4- Qui bottera le cul de la brute ?

La menace parallèle que fait courir la Turquie d’Erdogan sur l’Europe et ses nations oblige encore davantage à réhabiliter en urgence ces indésirables limites territoriales. Elles s’avèrent plus que jamais indispensables. A l’invasion du virus chinois s’ajoute en effet la tentation du sultan islamiste de conquérir l’Europe vénusienne, en s’abritant derrière des réfugiés moyen-orientaux et notamment des femmes et des enfants.

Le président turc est attendu ce lundi à Bruxelles. Mais il est à craindre que l’Union européenne herbivore ne rende à nouveau les armes devant la Turquie carnivore. Erdogan, qui se bat pour la consolidation de ses propres frontières, connait la fragilité de celles de l’UE.

Il a mesuré la culpabilité postchrétienne de ses dirigeants. Dimanche, il a appelé la Grèce à “ouvrir ses portes” aux migrants : “Hé, la Grèce ! Je te lance un appel…Ouvre tes portes également et libère-toi de ce fardeau. Laisse-les aller dans d’autres pays européens”. Qui bottera le cul de la brute ?

5- Le vrai projet d’Erdoğan c’est d’islamiser l’Europe :

Le bloggeur Verlaine Djeni écrit notamment que le 15 octobre 2018, face aux muftis des régions, Erdoğan déclarait : « Il y a un seul pays capable de présider le monde musulman, de par son histoire et de par sa position stratégique, c’est la Turquie ».

Il n’y a donc plus de doute dans sa stratégie, d’autant plus qu’il ne cache même plus ses ambitions, la Turquie installe sa base militaire la plus importante en Somalie, envoie des forces en Libye, prend position sur les lois européennes d’interdiction de port du voile, s’offusque quand un acte antimusulman est commis en Europe, finance des mosquées, encourage la promotion sociale dans les cités des grandes villes européennes par un entrisme islamique important, mobilise les réseaux sociaux avec des gardiens de la cause islamiste, bref, la Turquie est dans tous les coups et son président joue à fond chacune des cartes qu’il sort.

À la faveur de la crise à la frontière gréco-turque, les Européens ont dénoncé le non-respect des engagements de la Turquie de prendre en charge, sur son territoire, les réfugiés qui ont fui la Syrie, en retour d’un certains nombres d’accords avec l’Union européenne, notamment des aides financières. Erdoğan sait ce qu’il fait, sa stratégie est claire, les réfugiés qui sont en Turquie sont majoritairement de religion musulmane, il va les utiliser chaque fois, de gré ou de force, pour combler le déficit démographique de l’Union européenne. Le pompon, pour lui, c’est qu’en plus, il en retire un bénéfice financier, ajoute Verlaine Djeni.

6- Erdoğan roule les mécaniques contre la Grèce et l’Union européenne :

Le politologue Olivier Piacentini écrit notamment que Erdoğan s’en est pris à l’Union européenne, et au plus fragile de ses membres, la Grèce, par ailleurs ennemi héréditaire de son pays. L’envoi de milliers de migrants a provoqué un séisme à Athènes et les choses sont en train de tourner à la guerre entre populations locales et réfugiés.

Les forces armées turques sont intervenues, tirant avec des balles en caoutchouc sur les pompiers grecs venus repousser les assauts des migrants. Là, Erdoğan peut à nouveau plastronner et faire oublier sa déconvenue d’Idleb : ce n’est pas la pauvre Grèce et encore moins l’Union européenne qui risquent de lui infliger un nouveau camouflet. Car la Grèce essaie, avec ses moyens, de repousser l’invasion, sans aucun soutien de l’Union européenne.

Madame von der Leyen a beau s’inquiéter de cette nouvelle vague, qui doit lui faire revivre le fantôme de 2015, quand son pays reçut en quelques semaines plus d’un million et demi de réfugiés, elle ne propose rien de concret pour stopper la nouvelle brèche béante ouverte dans la frontière de Schengen. Et Merkel et Macron sont aux abonnés absents. La pauvre Grèce est donc seule au front, dans la panade, face à une Turquie décidée à se venger sur elle de sa déconvenue face aux Russes.

Mieux encore : oubliant la terrible leçon de 2015, l’Union européenne n’a rien trouvé de mieux que de ressortir des tiroirs les quotas de réfugiés à se répartir entre pays membres. Et une aide de 700 millions d’euros pour soulager la Grèce, c’est-à-dire, en fait, pour la convaincre d’accepter les arrivants.

La capitulation de l’Union européenne est doublement grave : elle recrée de facto un nouvel appel d’air pour les migrations ; en plus, elle sonne comme un aveu de défaite face à Ankara, car si, en 2015, les migrants avaient été accueillis volontairement par l’Allemagne, aujourd’hui, ils nous sont imposés par Erdoğan.

Le tyran d’Ankara peut dormir tranquille : si Poutine lui inflige défaite sur défaite, il peut toujours se refaire une santé sur Bruxelles, Berlin et Paris. Et passer auprès de sa population pour un vainqueur, quand il ne fait que recueillir des lauriers sur l’impotence européenne, ajoute Olivier Piacentini.

7- Des envahisseurs :

Pour l’avocat Gilles-William Goldnadel, les prises de position de certains journalistes sur la question de la crise migratoire à la frontière gréco-turque tiennent davantage du militantisme que du devoir d’informer. Il écrit notamment : Arte journal n’est pas un journal d’information, c’est un tract syndical.

Ses journalistes de service public ne sont pas des journalistes et ne servent pas le public en l’informant, ce sont des militants. Il n’est pas une édition d’un journal d’Arte qui ne soit dédiée à la cause immigrationniste. Pas une qui ne mette en garde contre le danger populiste-nazi à la manière d’un Antifa.

Mais ce samedi soir 7 mars à 20h45, Arte journal aura battu ses propres records. Concernant les migrants envoyés par le sultan ottoman Erdogan, patron des Frères Musulmans, investir sans autorisation le territoire de l’ennemi grec traditionnel, la journaliste militante n’a pas hésité à mettre en accusation la police grecque, taxée de brutalité tandis que les images montraient pourtant des migrants pacifique lançant des pierres. Le seul usage des gaz lacrymogènes étant sans doute dans l’esprit des journalistes larmoyant de triste mémoire allemande.

Lorsque Marine Le Pen osa protester contre les menées des migrants elle fut taxée de « raciste » sans autre forme de procès. N’ayons donc plus peur des mots si nous voulons encore pouvoir tenter d’endiguer le pire des maux. “Invasion”. Définition du dictionnaire : arrivée soudaine et massive.

Je soutiens donc sans sourciller que des étrangers qui pénètrent soudainement et massivement sans autorisation dans un pays commettent l’acte d’invasion et doivent être considérés comme des envahisseurs. Je soutiens symétriquement qu’un citoyen grec qui tente de les empêcher en constatant l’impuissance de ses autorités nationales, loin d’être xénophobe et encore moins raciste, est un patriote résistant.

J’ajoute, pour la seule moralité des débats, que les envahisseurs précités, pour la plupart, ne fuient pas la guerre et ne sont en rien éligibles au droit d’asile même dans son acception excessivement élargie. Ils viennent du Congo, d’Ouganda, du Tchad, d’Égypte, et d’autres pays où il n’y a pas la guerre. Et les soi-disant organisations humanitaires qui les assistent sont en réalité des organisations multiculturalistes opposées aux frontières.

J’ajoute enfin en vouloir beaucoup au personnel et politique français qui ne fait rien pour empêcher l’audiovisuel public d’être dévoyé par une extrême gauche médiatique autrement plus déterminée, ajoute Gilles-William Goldnadel.

8- L’État turc, une longue tradition de maître-chanteur :

Valérie Toranian, Directrice de la Revue des Deux Mondes, écrit notamment : Tétanisée par la peur d’une nouvelle crise migratoire, l’Union européenne balbutie et bredouille alors qu’elle devrait avoir une parole claire face au chantage auquel se livre Erdogan.

Soutenez-moi ou je fais votre malheur, tel est l’ultimatum du dirigeant turc qui entend « déverser » une marée de migrants sur l’Europe. Maître du flux migratoire, le sultan néo-ottoman pratique le trafic d’êtres humains. Je les bloque, je les laisse partir, je les échange, je les vends, je me sers de leur misère et de leur espoir pour obtenir toujours plus. Il y avait la traite des esclaves, il y a le commerce des migrants. Qui me paye pour que je ferme le robinet ?

Le robinet, voici des mois que la Turquie l’a réouvert en douce hypocritement. Maintenant c’est carrément des bus entiers affrétés par l’administration turque qui conduisent les migrants à la frontière grecque, à l’entrée de l’Europe. On leur procure des pinces anti-barbelés, des cartes avec les meilleures voies de passages terrestres ; l’accès par la mer n’est pas une option retenue par Erdogan qui explique, charitable, que cela mettrait la vie des migrants en danger.

Leur vie, il s’en moque bien, il a simplement compris que le passage par voie terrestre était le plus spectaculaire à médiatiser. Les Grecs paniqués, et devant déjà faire face à une crise migratoire depuis 2015, repoussent les arrivants. Des coups de feu ont déjà été tirés. Le sultan se frotte les mains. Plus la tension monte, plus il espère que l’Union européenne cédera rapidement à son chantage.

Erdogan a reçu des milliards de l’Union européenne en 2016 pour l’aider à gérer l’afflux des réfugiés syriens sur son territoire, en échange de quoi il s’engageait à contrôler la frontière. Mais le raïs se moque de ses promesses comme de sa première subvention.

Il exige plus d’argent, bien sûr, mais il veut que cette fois-ci il tombe exclusivement dans les caisses de l’État et surtout pas dans celles des ONG. Lorsqu’on connaît le degré de corruption qui règne en Turquie et la façon dont la famille du dirigeant turc en profite (des journalistes sont en prison pour avoir osé en parler), on imagine sans mal le résultat.

Lire aussi:  Trump menace d’« anéantir » l’économie turque si Ankara va trop loin

Erdogan veut que les dirigeants européens le soutiennent dans sa lutte politique, diplomatique et militaire contre Bachar al-Assad et Vladimir Poutine. Dans l’enclave d’Idlib qui subit une crise humanitaire sans précédent, des soldats turcs et leurs supplétifs islamistes (un conglomérat djihadiste dont la principale branche est le Front Fatah al-Cham, ex-Front al-Nosra, branche syrienne d’al-Qaïda) s’opposent aux troupes régulières du régime syrien aidées par Moscou.

La région d’Idlib est la dernière poche aux mains des islamistes en Syrie. Le régime a juré de faire place nette. Il s’y emploie de manière systématique et impitoyable, en causant de graves pertes parmi les civils qui sont obligés de se déporter toujours plus loin vers la frontière turque.

Erdogan, ses troupes, ses islamistes (parmi lesquels des djihadistes internationaux dont quelques dizaines de Français et de Belges) livrent bataillent avec drones et troupes terrestres. Vingt-trois soldats turcs ont été tués à Idlib en février : Erdogan appelle aux représailles et exige l’aide des occidentaux.

Nous connaissons tous les terribles images de cette guerre : elles serrent le cœur, elles sont révoltantes. Mais qu’Erdogan se présente comme le « défenseur des rebelles contre le régime sanguinaire d’Assad » est du plus haut comique et d’un cynisme sans fin.

Erdogan est un acteur de cette guerre. Il a envahi la Syrie pour procéder au nettoyage ethnique des Kurdes, nos alliés dans la lutte contre l’État islamique, que nous avons lâchement abandonnés. Erdogan rêvait d’une bande frontalière de trente kilomètres de large qu’il aurait repeuplée de réfugiés syriens et d’islamistes, une fois les Kurdes éradiqués.

L’Europe servira d’exutoire parfait à Erdogan pour masquer ses échecs en Syrie et sa faiblesse face à Poutine. Couché devant Moscou, offensif devant l’Europe. Aveuglé par son hubris, Erdogan a fait une erreur de taille : oublier que le seul patron dans la région s’appelle désormais Poutine.

Le dirigeant du Kremlin tolère les intrusions turques lorsqu’il s’agit des zones kurdes, mais certainement pas que l’armée d’Erdogan vienne affronter son allié syrien à Idlib. À Moscou le 5 mars, Erdogan a dû se soumettre à l’agenda russe et renoncer à ses exigences sur le terrain : il n’a pas les moyens d’un affrontement militaire avec les Russes.

L’Europe servira d’exutoire parfait pour masquer ses échecs en Syrie et sa faiblesse face à Poutine. Couché devant Moscou, offensif devant l’Europe. Cette pauvre Europe, affaiblie, divisée, incapable de s’entendre sur le début d’une idée, quoi de plus facile que de la narguer, la provoquer, la menacer ? On la sait incapable de riposter. Erdogan ouvre ses frontières et incite la Grèce à faire de même : « Hé la Grèce ! Je te lance un appel… Ouvre tes portes également et libère-toi de ce fardeau », a-t-il lancé. « Laisse-les aller dans d’autres pays européens ».

Un bon moyen pour Ankara de regagner des points dans les sondages car le soutien au régime turc s’effrite et la population est loin de voir d’un très bon œil l’offensive militaire en Syrie. Plus de trois millions de réfugiés syriens vivent en Turquie et cela n’est pas sans créer des tensions dans la société.

Le chantage est un invariant turc qui ne surprend pas les fins connaisseurs de l’Empire ottoman puis de la République turque qui lui succéda en 1918. Souffler le froid et le chaud. S’incliner devant les forts, piétiner les faibles. Utiliser les divisions des chancelleries occidentales pour perpétrer tranquillement une politique de répression, d’invasion, d’extermination sur les populations locales, sur ses minorités et ses voisins. Le chantage est une longue tradition politique. La Sublime Porte y excelle depuis toujours.

Obtenir le statu quo après l’invasion de Chypre en 1974 : faire pression depuis plus de cent ans sur les pays qui oseraient reconnaître la réalité du génocide arménien et utiliser des sanctions économiques en rétorsion.

Menacer de verser dans le giron soviétique en pleine guerre froide. Menacer de quitter l’OTAN si celle-ci ne cède pas aux exigences turques. Jouer sur les deux tableaux : se faire équiper de missiles russes S-400 en 2019, alors qu’on est membre de l’OTAN. Imposer ce fait accompli. Procéder au nettoyage ethnique des Kurdes et se féliciter que l’Europe et les États-Unis regardent ailleurs.

Dans un autre contexte, rappelons-nous cette déclaration stupéfiante : « aucun Européen ne pourra plus faire un pas dans la rue en sécurité si l’Union européenne maintient son attitude hostile ». Cette menace du président turc était survenue après l’annulation de meetings pro-Erdogan auxquels devaient participer des ministres turcs en Allemagne et aux Pays-Bas en mai 2017 pour soutenir la campagne présidentielle d’Erdogan.

La Turquie n’a pas varié d’un iota depuis des siècles dans ses relations avec l’Occident. Sa position géographique, aux confins de l’Europe face à l’Orient et face aux Russes, en fait une puissance dont on prend les menaces au sérieux. Le chantage est un invariant turc qui ne surprend pas les fins connaisseurs de l’Empire ottoman puis de la République turque qui lui succéda en 1918.

Comme le rappelle Jean-François Colosimo dans une implacable analyse : « À rebours du modèle de tolérance qu’a mythifié l’irénisme contemporain, l’instrumentalisation des peuples à l’intérieur et le chantage au massacre ou à la déportation de ces mêmes populations face à l’extérieur, autrement dit l’emploi indifférencié du matériau humain à fin d’hégémonie politique, ont été une pratique constante ». L’historien qui déplore l’amnésie et la faiblesse de l’Europe nous met en garde : « toute paix que l’on croit pouvoir acheter à un belliciste a pour prix sa surenchère ».

Par lâcheté, l’Europe va-t-elle encore verser des milliards ? Préférant l’absence de solutions à toute initiative potentiellement conflictuelle. Préférant le déshonneur avec Erdogan à la crise migratoire qui impose du courage : quel prix l’Europe est-elle prête à payer ?

Incapable de s’organiser face à la crise migratoire, elle a abandonné à leur sort l’Italie et la Grèce, pays submergés par la vague migratoire. Comment s’étonner de la montée des populismes ? Par lâcheté, l’Europe va-t-elle encore verser des milliards ?

Préférant l’absence de solutions à toute initiative potentiellement conflictuelle. Préférant le déshonneur avec Erdogan à la crise migratoire qui impose du courage. Préférant céder à la surenchère turque alors que l’Europe sait très bien qu’Erdogan n’hésitera pas à réitérer ses menaces et à « rouvrir le robinet » dès que l’occasion se représentera. Ce qui succède au déshonneur est toujours un deuxième déshonneur.

Pour Renaud Girard, « le seul moyen de faire reculer Erdogan est au contraire de lui tenir tête. Pourquoi la BCE [Banque centrale européenne, ndlr] ne spécule-t-elle pas contre la livre turque (comme le firent les USA avec succès pour libérer le pasteur Brunson) ?

Pourquoi ne surtaxons-nous pas les exportations turques (acier, aluminium, noisettes…) ? Pourquoi ne prenons-nous pas des sanctions économiques – sur le commerce et le tourisme – contre la Turquie (comme le firent Trump et Poutine) afin qu’Erdogan cesse son chantage migratoire ? ».

Bonnes questions. Mais ces mesures de rétorsion risquent une fois de plus de ne pas faire l’unanimité. Et sans gouvernance, l’Europe risque de demeurer une éternelle impuissante. Otages de ce grand chantage, les réfugiés se font accueillir à la frontière grecque par des gaz lacrymogènes et parfois des balles réelles. Ils sont afghans, pakistanais, iraniens, algériens…

Parmi eux, pas de trace des civils syriens d’Idlib. Non. Ceux-là, Erdogan leur bloque l’accès de ses frontières. Ils doivent rester sur place, solidaires des « rebelles » islamistes, quitte à en mourir. Ou errer de camps de réfugiés en camps de réfugiés, dans le vent et la neige, en espérant que cesse enfin ce long martyre, ajoute Valérie Toranian.

Michel Garroté pour LesObservateurs.ch, 13.03.2020

Source(s) :

https://lesobservateurs.ch/2020/02/28/erdogan-le-dangereux-calife-erdogan-doit-etre-stoppe/

http://www.ekathimerini.com/250431/article/ekathimerini/news/austria-poland-bolstering-greek-border-guard-force

https://www.bild.de/politik/ausland/politik-ausland/fluechtlinge-tuerkei-attackiert-griechisches-kuestenwachen-boot-exklusive-aufnah-69331486.bild.html

http://www.ekathimerini.com/250486/article/ekathimerini/news/erdogan-says-turkey-will-chase-greek-boats-in-the-aegean

https://www.breizh-info.com/2020/03/12/138297/guerre-en-mer-egee-les-garde-cotes-turcs-attaquent-un-navire-des-garde-cotes-grecs/

https://www.polemia.com/face-invasion-migratoire-grecs-compter-solidarite-europeenne/

https://blog.lefigaro.fr/rioufol/2020/03/le-necessaire-retour-aux-front.html

https://www.bvoltaire.fr/le-vrai-projet-derdogan-islamiser-leurope/

https://www.bvoltaire.fr/humilie-par-poutine-erdogan-roule-des-mecaniques-contre-la-grece-et-lunion-europeenne/

https://www.valeursactuelles.com/societe/edito-goldnadel-nayons-plus-peur-des-mots-et-appelons-une-invasion-une-invasion-116871

https://www.revuedesdeuxmondes.fr/letat-turc-une-longue-tradition-de-maitre-chanteur/


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