Climat
Le 7ème continent : taille et réalité du plastique dans les océans
L'expression « 7ème continent » désigne une vaste zone du Pacifique Nord, entre Hawaï et la Californie, où les déchets flottants se concentrent. Ce 7ème continent de plastique frappe l'imagination mais trompe sur la réalité : il n'existe aucun sol sur lequel marcher. Les océanographes parlent plutôt de la grande zone d'ordures du Pacifique, située dans un gyre.
Le 7ème continent n'est pas une île
Le navigateur américain Charles Moore a attiré l'attention sur ce phénomène en 1997, en traversant la région au retour d'une course à la voile entre la Californie et Hawaï. Il a décrit une mer parsemée de fragments sur des centaines de kilomètres. Depuis, des campagnes océanographiques prélèvent des échantillons au filet pour quantifier ces débris.
La taille du 7ème continent selon les mesures de 2018
L'estimation la plus citée de la taille du 7ème continent vient d'une étude publiée en mars 2018 dans la revue Scientific Reports par une équipe liée à la fondation néerlandaise The Ocean Cleanup. Grâce à des chalutages et à des survols aériens, elle évalue la zone à environ 1,6 million de kilomètres carrés, soit près de trois fois la France.
Cette taille ne correspond pas à une nappe compacte. La densité de déchets diminue du centre vers les bords, et les limites retenues dépendent du seuil de concentration choisi par les chercheurs. Selon la même étude, la zone contiendrait au moins 79 000 tonnes de plastique, réparties en quelque 1 800 milliards de morceaux de dimensions très variables.
Ce que contient le 7ème continent de plastique
Le 7ème continent de plastique est surtout fait de petits objets. En nombre, les microplastiques, fragments de moins de cinq millimètres, représentent la grande majorité des pièces recensées. En masse, la situation s'inverse : les gros débris dominent, et les filets de pêche abandonnés pèsent à eux seuls près de la moitié du total mesuré en 2018.
Beaucoup de ces fragments flottent juste sous la surface et ne se voient ni depuis un bateau ni sur une image satellite. Une partie finit par couler vers les fonds, où elle échappe aux filets de prélèvement. Tortues, oiseaux marins et poissons ingèrent des morceaux, un phénomène documenté par de nombreuses autopsies réalisées sur des animaux échoués.
Huit millions de tonnes de plastique par an : d'où vient ce chiffre
Le chiffre de huit millions de tonnes de plastique entrant chaque année dans les océans provient d'un article publié en 2015 dans la revue Science par l'équipe de la chercheuse Jenna Jambeck. Il s'agit d'une estimation pour l'année 2010, comprise entre 4,8 et 12,7 millions de tonnes, calculée à partir des déchets mal gérés de 192 pays côtiers.
Ce flux annuel concerne tous les océans, pas seulement le 7ème continent, qui n'en retient qu'une petite fraction. L'écart entre les millions de tonnes rejetées et les dizaines de milliers de tonnes flottant dans le Pacifique Nord s'explique par les dépôts sur les côtes, la fragmentation, l'enfouissement dans les sédiments et une part encore mal connue.
Cinq gyres océaniques et une circulation très lente
Les courants océaniques forment cinq grands tourbillons subtropicaux, appelés gyres : deux dans le Pacifique, deux dans l'Atlantique et un dans l'océan Indien. Les vents et la rotation de la Terre y entraînent les eaux dans un lent mouvement circulaire, qui rassemble les objets flottants vers le centre. Des concentrations de débris ont été mesurées dans chacun d'eux.
Le gyre du Pacifique Nord est le plus étudié, parce que les apports venus d'Asie et d'Amérique du Nord s'y accumulent depuis des décennies. Certains objets récupérés au centre portent des dates de fabrication des années 1970. Comparer la taille du 7ème continent à celle d'un pays aide à fixer les idées, à condition de rappeler sa faible densité.
Réduire les fuites de plastique à la source
La plus grande part du plastique marin vient de la terre : décharges à ciel ouvert, rivières, eaux pluviales, abandons sur les plages. Les engins de pêche perdus forment l'autre source majeure. Le nettoyage en haute mer retire des tonnes de débris, mais il ne traite pas les microplastiques ni les fuites qui continuent d'alimenter les gyres.
L'Union européenne a adopté en 2019 une directive qui interdit depuis juillet 2021 la vente de pailles, de couverts et de cotons-tiges en plastique à usage unique. Réduire le 7ème continent de plastique suppose d'abord de limiter ces fuites terrestres. Un traité mondial sur la pollution plastique est en négociation sous l'égide des Nations unies depuis 2022.
Questions fréquentes
Peut-on voir le 7ème continent depuis l'espace ?
Non. La zone n'apparaît pas sur les images satellites, car la plupart des débris sont de petite taille, dispersés et flottent souvent juste sous la surface. Même depuis un navire, un observateur ne distingue qu'une eau parsemée de fragments et quelques objets plus gros. Les estimations reposent sur des prélèvements au filet et des survols aériens.
Quelle surface couvre la grande zone d'ordures du Pacifique ?
L'étude publiée en 2018 dans la revue Scientific Reports l'estime à environ 1,6 million de kilomètres carrés, soit près de trois fois la France métropolitaine. Ce chiffre dépend du seuil de concentration retenu pour fixer les limites. La zone se déplace aussi avec les saisons et les courants, ce qui rend toute frontière approximative.
D'où viennent les déchets du Pacifique Nord ?
Une grande partie provient des côtes d'Asie et d'Amérique du Nord, apportée par les rivières, les égouts pluviaux et les décharges mal contrôlées. Les activités de pêche fournissent une part importante de la masse, sous forme de filets, de cordages et de caisses. Les objets récupérés portent parfois des inscriptions en japonais, en chinois ou en coréen.
Existe-t-il d'autres zones de concentration de déchets en mer ?
Oui. Les cinq grands gyres subtropicaux, deux dans le Pacifique, deux dans l'Atlantique et un dans l'océan Indien, accumulent tous des débris flottants. Celui du Pacifique Nord est le plus étudié et le plus chargé. Des concentrations notables ont aussi été mesurées en Méditerranée, une mer semi-fermée entourée de côtes très peuplées.
Le nettoyage en haute mer peut-il suffire ?
Les dispositifs de collecte retirent des tonnes de gros débris, ce qui limite leur fragmentation future. Ils n'atteignent cependant ni les microplastiques dispersés dans la colonne d'eau ni les déchets déjà déposés sur les fonds. Tant que des déchets continuent d'entrer dans l'océan, la collecte en mer compense seulement une petite partie des apports annuels.
