Tech et société
Technologie et société : intelligence artificielle et vie privée
Les pages consacrées à la technologie et société examinent comment les outils numériques transforment la vie quotidienne et comment le droit tente de les encadrer. On y trouve des explications sur l'intelligence artificielle, la protection de la vie privée, la responsabilité des plateformes, la surveillance et les neurotechnologies, avec les textes européens et suisses applicables.
Technologie et société : les questions couvertes
Chaque dossier part d'un cas concret : un assistant vocal qui téléphone à un restaurant, une expérience reliant trois cerveaux, un implant qui restitue la parole, un système de notation des citoyens ou un scrutin par internet. Le cas sert de point d'entrée vers les règles, les institutions compétentes et l'état des connaissances scientifiques, sans spéculation sur l'avenir.
- ACerveaux connectés : BrainNet et l'interface cerveau-cerveau BrainNet a relié trois personnes par EEG et stimulation magnétique pour jouer à un jeu de blocs : protocole, résultats, limites et questions éthiques.
- BLe crédit social en Chine : fonctionnement réel et surveillance Le crédit social en Chine expliqué : plan de 2014, listes noires judiciaires, barèmes locaux, notation des entreprises et surveillance de masse.
- CEpic Games contre Apple : le procès, l'App Store et les paiements Epic Games contre Apple : retrait de Fortnite en 2020, procès de 2021, jugement du 10 septembre 2021, appels, Cour suprême et règles du DMA sur l'App Store.
- DGoogle Duplex : l'assistant vocal qui passe des appels à votre place Présenté en mai 2018, Google Duplex réserve une table ou un rendez-vous par téléphone avec une voix de synthèse : fonctionnement, débat et règles de l'AI Act.
- EImplant cérébral : quand une interface traduit la parole en mots Comment un implant cérébral décode la parole : étude de 2019, essais BRAVO, records de 2023, Neuralink, pont numérique de l'EPFL et éthique.
- FRobot sexuel : intelligence artificielle, éthique et débat de société Robot sexuel et robot de compagnie : capacités réelles, rapport de 2017, campagne de 2015, consentement, solitude, données personnelles et régulation.
- GTranshumanisme : définition, promesse de longévité et limites Transhumanisme : définition, de Julian Huxley à Nick Bostrom, promesse de vivre mille ans, apport de la gérontologie, record de Jeanne Calment et critiques.
- HLe vote électronique en Suisse : sécurité, Poste et cantons pilotes Le vote électronique en Suisse : essais depuis 2004, fin de CHVote, test public de la Poste en 2019, vérifiabilité, cadre de 2022 et cantons pilotes.
Le règlement européen sur l'intelligence artificielle
Adopté en 2024 et publié comme règlement (UE) 2024/1689, l'AI Act est entré en vigueur le 1er août 2024. Il classe les usages de l'intelligence artificielle par niveau de risque : pratiques interdites, systèmes à haut risque soumis à des contrôles, obligations de transparence pour les autres, et usages courants laissés libres.
Son application est échelonnée. Les interdictions, dont la notation sociale par des acteurs publics ou privés, s'appliquent depuis le 2 février 2025, et les règles visant les modèles d'usage général depuis le 2 août 2025. La plupart des autres obligations s'appliquent en principe depuis le 2 août 2026, mais la Commission a proposé de reporter certaines exigences à haut risque.
Vie privée : le RGPD et la nouvelle loi suisse
En matière de vie privée, le règlement général sur la protection des données s'applique dans l'Union européenne depuis le 25 mai 2018. Il exige une base légale pour chaque traitement, donne aux personnes des droits d'accès, de rectification et d'effacement, et permet aux autorités de contrôle d'infliger des amendes pouvant atteindre 4 % du chiffre d'affaires mondial.
La Suisse a révisé de son côté sa législation : la nouvelle loi fédérale sur la protection des données est en vigueur depuis le 1er septembre 2023. Proche du RGPD sur de nombreux points, elle reste un texte national, surveillé par le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence.
Le DSA et la responsabilité des plateformes
Le règlement sur les services numériques, connu sous son sigle anglais DSA, s'applique depuis août 2023 aux très grandes plateformes et depuis le 17 février 2024 à l'ensemble des services concernés. Il impose des procédures de signalement des contenus illicites, la motivation des retraits et une transparence accrue sur la publicité et les algorithmes de recommandation.
Pour les plateformes comptant plus de 45 millions d'utilisateurs actifs mensuels dans l'Union, la Commission européenne exerce elle-même la surveillance. Elle peut demander des informations, mener des inspections et ouvrir des procédures formelles. Le volet commercial est traité par un texte voisin, le règlement sur les marchés numériques, qui vise les grandes entreprises qualifiées de contrôleurs d'accès.
Surveillance, crédit social et vote électronique
Les débats sur la surveillance touchent autant la vidéoprotection et la reconnaissance faciale que l'exploitation des données par les États. L'AI Act limite strictement l'identification biométrique à distance en temps réel dans l'espace public, réservée à des cas énumérés et soumise à autorisation. Le dossier consacré au crédit social en Chine décrit le fonctionnement effectif de ce dispositif.
Autre sujet où se croisent technologie et société, le vote électronique en Suisse a connu des essais depuis 2004 dans plusieurs cantons, puis une suspension en 2019 après la découverte de failles lors d'un test public. Le cadre a été révisé et des cantons pilotes ont repris des essais limités en 2023 sous des exigences de sécurité renforcées.
Neurotechnologies : du laboratoire au droit
Les interfaces cerveau-machine sortent progressivement des laboratoires. Des équipes ont permis à des personnes paralysées de produire du texte ou une voix de synthèse à partir de leur activité cérébrale, et d'autres ont relié plusieurs cerveaux pour une tâche commune. Ces avancées restent expérimentales, menées sur un petit nombre de participants volontaires.
Face à ces dispositifs, la question de la vie privée mentale est posée par des juristes et des neuroscientifiques. Le Chili a modifié sa Constitution en 2021 pour protéger l'intégrité psychique face aux neurotechnologies, une première mondiale. L'OCDE avait adopté dès décembre 2019 une recommandation sur l'innovation responsable en neurotechnologie, à laquelle adhèrent la France et la Suisse.
Technologie et société : où se discutent les choix éthiques
En France, le Comité consultatif national d'éthique, créé en 1983, rend des avis sur les sciences de la vie et la santé ; un comité national pilote d'éthique du numérique a été installé en 2019 sous son égide. Ces instances n'ont pas de pouvoir de décision, mais leurs avis sur les liens entre technologie et société nourrissent le travail parlementaire.
Côté suisse, la Commission nationale d'éthique dans le domaine de la médecine humaine conseille le Conseil fédéral sur les questions biomédicales. En février 2025, le Conseil fédéral a annoncé la ratification de la convention-cadre du Conseil de l'Europe sur l'IA et un projet modifiant le droit suisse, mis en consultation avant le Parlement, un dossier central de technologie et société.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le règlement européen sur l'intelligence artificielle ?
Le règlement (UE) 2024/1689, appelé AI Act, classe les systèmes d'intelligence artificielle selon leur niveau de risque. Il interdit certaines pratiques, impose des exigences strictes aux usages à haut risque et des obligations de transparence aux autres. Entré en vigueur le 1er août 2024, il s'applique par étapes jusqu'en 2027.
Le RGPD s'applique-t-il en Suisse ?
La Suisse n'est pas membre de l'Union européenne et dispose de sa propre loi, la nouvelle loi fédérale sur la protection des données, en vigueur depuis le 1er septembre 2023. Une entreprise suisse doit toutefois respecter le RGPD lorsqu'elle propose des biens ou des services à des personnes situées dans l'Union ou suit leur comportement.
Qui contrôle la protection des données en France et en Suisse ?
En France, la Commission nationale de l'informatique et des libertés, créée par la loi de 1978, veille au respect du RGPD et peut infliger des sanctions. En Suisse, cette mission revient au Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence, ainsi qu'aux autorités cantonales pour les administrations des cantons.
Que change le Digital Services Act pour les internautes ?
Le règlement sur les services numériques oblige les plateformes à proposer un moyen simple de signaler un contenu illicite, à motiver leurs décisions de retrait et à expliquer leurs systèmes de recommandation. Les très grandes plateformes doivent évaluer les risques systémiques. Le texte s'applique pleinement dans l'Union depuis le 17 février 2024.
Pourquoi parle-t-on de neurodroits ?
Les interfaces cerveau-machine et les capteurs d'activité cérébrale produisent des données d'une sensibilité particulière. Des juristes proposent donc de protéger l'intégrité mentale et la confidentialité de la pensée. Le Chili a inscrit cette protection dans sa Constitution en 2021, et l'OCDE a adopté en 2019 une recommandation sur l'innovation responsable en neurotechnologie.
