L'UE expliquée
L'espace Schengen : pays membres, contrôles aux frontières et Suisse
L'espace Schengen est la zone dans laquelle les contrôles de personnes aux frontières intérieures ont été supprimés entre les États participants. Il ne se confond ni avec l'Union européenne ni avec la zone euro : certains membres de l'Union n'en font pas partie, tandis que quatre pays extérieurs à l'Union, dont la Suisse, l'appliquent pleinement.
De l'accord de 1985 à l'espace Schengen actuel
Son nom vient d'un village viticole du Luxembourg, situé au bord de la Moselle près des frontières française et allemande. C'est là que la Belgique, la France, l'Allemagne de l'Ouest, le Luxembourg et les Pays-Bas signent l'accord du 14 juin 1985, à bord d'un bateau amarré sur la rivière. La convention d'application suit le 19 juin 1990.
Les contrôles disparaissent effectivement le 26 mars 1995 entre les premiers pays participants. Avec le traité d'Amsterdam, en vigueur le 1er mai 1999, l'ensemble des règles Schengen est intégré au droit de l'Union. Depuis, tout nouvel État membre de l'Union s'engage à rejoindre l'espace Schengen, une fois vérifiée sa capacité à protéger les frontières extérieures.
Les 29 pays membres de l'espace Schengen
L'espace Schengen compte 29 pays : 25 États de l'Union et quatre associés, l'Islande, la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein. Les derniers élargissements concernent la Croatie, entrée le 1er janvier 2023, puis la Bulgarie et la Roumanie, qui ont levé les contrôles aux frontières aériennes et maritimes le 31 mars 2024 et aux frontières terrestres le 1er janvier 2025.
Pour un voyageur, l'appartenance d'un pays à l'espace Schengen signifie qu'il peut passer d'un État à l'autre sans contrôle systématique d'identité. Les ressortissants de pays tiers munis d'un visa Schengen de court séjour peuvent circuler dans tous les États participants pendant 90 jours sur toute période de 180 jours. Un document d'identité reste néanmoins obligatoire.
Irlande, Chypre et micro-États : les cas particuliers
L'Irlande a choisi de rester en dehors, principalement pour conserver la zone de voyage commune qui la lie au Royaume-Uni depuis les années 1920. Elle participe toutefois à certaines formes de coopération policière et judiciaire et au système d'information Schengen. Chypre, de son côté, est candidate, mais la division de l'île complique l'application des règles sur les frontières.
Les micro-États enclavés, comme Monaco, Saint-Marin et le Vatican, ne sont pas membres en droit, mais leurs frontières avec la France ou l'Italie sont ouvertes en pratique. Andorre, située entre la France et l'Espagne, maintient en revanche des contrôles à ses frontières. Les territoires d'outre-mer français, comme la Guadeloupe ou la Réunion, restent hors du dispositif.
Le retour temporaire des contrôles aux frontières
Le code frontières Schengen autorise un État à rétablir temporairement des contrôles à ses frontières intérieures en cas de menace grave pour l'ordre public ou la sécurité intérieure. Depuis 2015, plusieurs pays, dont la France, l'Allemagne et l'Autriche, y ont eu recours à de nombreuses reprises, en invoquant la pression migratoire, le terrorisme ou des événements de grande ampleur.
Ces contrôles doivent rester un dernier recours, limité dans le temps et notifié à la Commission et aux autres États. Une révision du code, adoptée en 2024, précise les durées maximales et les conditions de prolongation. La Cour de justice de l'Union a rappelé en 2022 que des prolongations successives ne peuvent dépasser la durée prévue sans nouvelle menace.
SIS, EES et ETIAS : les systèmes d'information
La suppression des contrôles intérieurs s'accompagne d'une coopération renforcée. Le système d'information Schengen, dit SIS, permet aux polices et aux garde-frontières de consulter des signalements de personnes recherchées, disparues ou interdites de séjour, ainsi que d'objets volés. Le système Eurodac enregistre les empreintes des demandeurs d'asile, et la coopération Dublin désigne l'État responsable d'une demande.
Deux autres outils concernent les voyageurs extérieurs. Le système d'entrée et de sortie, appelé EES, enregistre les passages des ressortissants de pays tiers à la place du tampon. Il est entré en service progressivement le 12 octobre 2025, sur six mois. ETIAS, une autorisation de voyage en ligne pour les visiteurs exemptés de visa, est annoncé pour fin 2026.
La Suisse, pays associé depuis 2008
La Suisse a approuvé son association à Schengen et à Dublin lors de la votation du 5 juin 2005, dans le cadre des Bilatérales II. Les accords sont appliqués depuis le 12 décembre 2008 aux frontières terrestres, puis depuis le 29 mars 2009 dans les aéroports. Le Liechtenstein a rejoint l'espace Schengen en décembre 2011, à son tour.
Comme pays associé, la Suisse reprend les développements de l'acquis Schengen adoptés par l'Union, sans droit de vote mais avec un droit de participation aux discussions. Chaque nouvelle règle est soumise à la procédure suisse ordinaire et peut faire l'objet d'un référendum. En 2019, le peuple a ainsi accepté la reprise de la directive européenne sur les armes.
Les contrôles douaniers subsistent toutefois aux frontières suisses, car la Suisse ne fait pas partie de l'union douanière européenne. Les garde-frontières peuvent donc arrêter des véhicules pour vérifier les marchandises transportées et, à cette occasion, contrôler les personnes. Cette situation distingue la frontière franco-suisse ou italo-suisse d'une frontière entre deux pays membres de l'Union.
Questions fréquentes
Quels pays font partie de l'espace Schengen ?
Vingt-neuf pays : tous les États de l'Union sauf l'Irlande et Chypre, c'est-à-dire 25 membres de l'Union, auxquels s'ajoutent l'Islande, la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein. La Bulgarie et la Roumanie sont membres à part entière depuis le 1er janvier 2025, après une première étape limitée aux aéroports et aux ports en mars 2024.
Faut-il une carte d'identité pour voyager dans l'espace Schengen ?
Oui. La suppression des contrôles systématiques ne supprime pas l'obligation de pouvoir justifier de son identité. Les citoyens de l'Union et les Suisses voyagent avec une carte d'identité ou un passeport valable, et les ressortissants d'autres pays avec le document exigé par leur statut. Des contrôles ponctuels restent possibles, notamment dans les zones frontalières.
La Suisse peut-elle rétablir des contrôles à ses frontières ?
Oui, dans les mêmes conditions que les États de l'Union. Le code frontières Schengen permet un rétablissement temporaire en cas de menace grave pour l'ordre public ou la sécurité intérieure. Indépendamment de ces situations, l'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières contrôle déjà les marchandises, puisque la Suisse reste hors de l'union douanière.
Pourquoi le Royaume-Uni n'a-t-il jamais appliqué Schengen ?
Le Royaume-Uni a obtenu une dérogation lors de l'intégration de Schengen au droit de l'Union par le traité d'Amsterdam, afin de conserver ses propres contrôles aux frontières. Il participait à certains volets policiers, comme le système d'information Schengen, jusqu'à sa sortie de l'Union. Depuis 2021, ses ressortissants sont traités comme des voyageurs de pays tiers.
Qu'est-ce qu'un visa Schengen ?
C'est un visa de court séjour délivré par un État participant, qui permet de séjourner dans l'ensemble de la zone jusqu'à 90 jours sur une période de 180 jours. Il se demande auprès du pays de destination principale. Les ressortissants de nombreux pays en sont dispensés, et ils seront concernés par l'autorisation ETIAS une fois celle-ci en service.
